La Tanzanie érige Njombe en futur pôle des minerais critiques

A cargo ship carrying coal on a river, showcasing inland waterway transportation and logistics.Photo : Wolfgang Vrede / Pexels

La Tanzanie veut transformer la région de Njombe en pôle panafricain des minerais critiques, segment devenu central dans la compétition mondiale pour la transition énergétique et numérique. Située dans le sud du pays, cette zone des hauts plateaux dispose d’un sous-sol particulièrement riche en terres rares, graphite, nickel et autres ressources stratégiques recherchées par les industriels de l’électromobilité, du stockage et de la défense. Le gouvernement tanzanien y voit le levier d’un repositionnement industriel de long terme, susceptible de propulser le pays parmi les fournisseurs incontournables du continent.

Njombe, épicentre d’une nouvelle géographie minière tanzanienne

Le choix de Njombe ne doit rien au hasard. La région concentre plusieurs gisements en cours d’évaluation ou de développement, notamment dans le graphite et les terres rares, deux familles classées critiques par la quasi-totalité des grandes économies industrielles. Les autorités tanzaniennes entendent y articuler exploration, extraction et premières étapes de transformation, afin de capter davantage de valeur ajoutée sur le sol national. Cette orientation rompt avec la logique purement extractive qui a longtemps prévalu en Afrique de l’Est et s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis la fin des années 2010 pour renégocier les contrats miniers.

La présidente Samia Suluhu Hassan a fait du secteur minier l’un des moteurs de sa stratégie de croissance, avec un objectif assumé de porter la contribution de la filière à plus de 10 % du produit intérieur brut. Les recettes minières ont déjà connu une progression sensible ces dernières années, portées par l’or mais aussi par la diversification vers les minerais énergétiques. Njombe doit incarner la prochaine étape de cette montée en gamme, en agrégeant projets industriels, infrastructures logistiques et écosystèmes de services.

Un positionnement aligné sur la course mondiale aux ressources stratégiques

La démarche tanzanienne se déploie dans un contexte de tensions croissantes autour de l’approvisionnement en minerais critiques. Les États-Unis, l’Union européenne, la Chine, le Japon et les pays du Golfe multiplient les partenariats et les fonds dédiés pour sécuriser leurs filières. L’Afrique, qui détient une part substantielle des réserves mondiales de cobalt, manganèse, graphite et terres rares, devient un théâtre privilégié de cette compétition. En se présentant comme une plateforme régionale, la Tanzanie cherche à se distinguer de modèles voisins jugés moins prévisibles et à offrir aux investisseurs un cadre stabilisé.

Le pays dispose d’atouts logistiques de premier plan, avec le port de Dar es-Salaam et le corridor central qui dessert la République démocratique du Congo, la Zambie et le Burundi. Une plateforme à Njombe permettrait d’agréger des flux régionaux de minerais bruts ou semi-transformés, et d’amorcer une intégration industrielle à l’échelle de l’Afrique de l’Est et australe. Reste à savoir si cette ambition pourra s’appuyer sur des infrastructures énergétiques et ferroviaires suffisantes pour soutenir un cluster de cette envergure.

Capitaux, gouvernance et arbitrages industriels

La concrétisation du projet de Njombe dépendra largement de la capacité de Dar es-Salaam à mobiliser les capitaux nécessaires et à offrir un cadre fiscal lisible. Les groupes miniers internationaux scrutent la stabilité réglementaire, la fiabilité des procédures d’octroi de permis et la solidité des garanties contractuelles. La Tanzanie a engagé un travail de modernisation de son code minier et multiplié les accords-cadres, mais la mise en œuvre opérationnelle reste un test décisif pour rassurer les partenaires.

L’enjeu n’est pas seulement industriel. Il est aussi diplomatique. En se positionnant comme hub panafricain, le pays affirme une ambition de leadership régional qui le place en concurrence directe avec le Maroc, l’Afrique du Sud ou la Namibie, déjà engagés dans la structuration de filières de minerais critiques. Pour Njombe, la trajectoire dépendra de l’articulation entre investissements privés, politiques publiques et capacité à former les compétences locales nécessaires aux métiers de la transformation minérale. Selon Financial Afrik, le gouvernement tanzanien entend faire de cette région un marqueur de sa politique industrielle pour la décennie à venir.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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