Pastef recadre ses militants sur les démissions via les réseaux sociaux

Dynamic off-road race car kicking up dust in the desert near Arequipa, Peru.Photo : Sergio Benavides / Pexels

Le Comité exécutif (COMEX) de Pastef, formation présidée par Ousmane Sonko et désormais aux commandes de l’appareil d’État sénégalais, a haussé le ton face à la multiplication des annonces de démission relayées sur les plateformes numériques. Dans une communication adressée à sa base, la direction du parti rappelle que l’appartenance à une organisation politique structurée suppose le respect d’un cadre interne, et non la publicisation de décisions individuelles sur Facebook, X ou TikTok.

Un parti au pouvoir confronté à ses tensions internes

La sortie du COMEX intervient dans un climat où plusieurs militants ont choisi de rendre publique leur rupture avec la formation, souvent sur un ton acerbe. Le phénomène n’est pas anodin pour un parti qui, depuis son arrivée au pouvoir en mars 2024 avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye, doit composer avec les frustrations nées des arbitrages gouvernementaux, des nominations et des recompositions locales. La direction estime que ces gestes individuels, amplifiés par la viralité des réseaux sociaux, fragilisent la cohésion d’ensemble et nourrissent un récit hostile dans l’opinion.

Le ton employé par la direction se veut ferme sans être punitif. Le message vise moins à sanctionner qu’à rappeler une hiérarchie de procédures. Toute démission, souligne en substance le COMEX, doit emprunter le circuit interne prévu par les textes du parti, et non se transformer en événement médiatique. Une exigence classique dans les organisations politiques, mais que la culture numérique sénégalaise, particulièrement vivace, met régulièrement à l’épreuve.

Discipline partisane contre culture du clash numérique

Pastef s’est largement construit, dès sa fondation en 2014, sur une mobilisation digitale offensive. Cette identité numérique, atout décisif dans la conquête du pouvoir, devient un défi lorsqu’il s’agit de gérer l’après-victoire. Les militants formés à l’invective en ligne reproduisent désormais ces réflexes lorsqu’ils contestent une décision interne. Le COMEX se trouve ainsi confronté à un paradoxe que connaissent d’autres mouvements issus de la contestation : transformer une communauté militante horizontale en machine partisane disciplinée.

Concrètement, la direction invite ses adhérents à privilégier les instances internes pour exprimer désaccords et griefs. Réunions de cellule, remontées hiérarchiques, médiation par les responsables départementaux : autant de canaux que le parti juge sous-utilisés au profit d’une exposition publique jugée contre-productive. Reste que ces mécanismes, pour fonctionner, supposent une réactivité que les structures locales d’un parti en pleine massification peinent parfois à garantir.

Un enjeu de crédibilité pour l’exécutif sénégalais

Au-delà de la gestion interne, la mise au point du COMEX répond à un enjeu d’image. Chaque démission spectaculaire alimente le récit d’un parti traversé par des fractures, à un moment où le tandem exécutif Faye-Sonko engage des réformes sensibles, notamment sur la gouvernance des ressources naturelles, la rationalisation des dépenses publiques et la renégociation de certains contrats. Les adversaires politiques exploitent ces signaux de division pour contester la solidité du socle au pouvoir.

Par ailleurs, la question de la discipline militante recoupe celle, plus large, de la professionnalisation du parti. Pastef compte désormais des dizaines de milliers d’adhérents, des élus locaux, des cadres administratifs et des sympathisants institutionnels. Maintenir une ligne cohérente dans cet ensemble hétérogène impose de clarifier les règles du jeu, et notamment celles qui encadrent la liberté d’expression des militants. La frontière entre débat interne légitime et déloyauté publique reste, à ce stade, un point de friction.

Dans le même temps, le parti évite soigneusement de désigner nommément les militants concernés par les démissions récentes, préférant un rappel général à un règlement de comptes ciblé. Ce choix tactique préserve les marges de réconciliation et évite d’offrir une tribune supplémentaire aux partants. La direction parie sur un retour à la discipline plutôt que sur la confrontation ouverte, conformément à une tradition partisane qui privilégie l’unité affichée.

La sortie du COMEX trace une ligne claire : la loyauté procédurale prime sur la communication individuelle. Reste à savoir si cet appel suffira à contenir une culture militante qui, sur les réseaux, ne s’embarrasse guère des codes feutrés de l’appareil. Selon Dakaractu.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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