Les Plantations du Haut Penja (PHP), principale filiale camerounaise du groupe marseillais Compagnie Fruitière, ont creusé leur déficit en 2025. La perte nette s’établit à 8,80 millions d’euros, soit environ 5,78 milliards de FCFA, contre 7,04 millions d’euros (4,62 milliards de FCFA) un an plus tôt. En cumulé, l’exportateur bananier camerounais affiche 10,4 milliards de FCFA de pertes sur deux exercices consécutifs, une dégradation d’environ 25 % d’une année sur l’autre qui interroge la trajectoire économique du premier acteur de la filière.
Le repli du chiffre d’affaires est plus brutal encore. Les revenus de PHP sont tombés de 129,25 millions d’euros en 2024 à 87,39 millions en 2025, soit une contraction de 32,4 %. Convertis au taux fixe de 655,957 FCFA pour un euro, ils passent de près de 84,8 milliards à 57,3 milliards de FCFA. La ponction dépasse ainsi 27,5 milliards de FCFA en douze mois, un choc de recettes rarement observé chez un opérateur agricole de cette envergure en zone Cemac.
Une contraction des revenus déconnectée des volumes exportés
Cette érosion tranche avec la relative stabilité des expéditions. PHP a exporté 151 713 tonnes de bananes en 2025, contre 153 258 tonnes l’année précédente, soit une baisse limitée à 1 %. Rapporté aux 225 345 tonnes totales acheminées depuis le Cameroun et suivies par l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), le volume placé par la filiale de Compagnie Fruitière représente 67,3 % de la production exportée. Autrement dit, la société continue de dominer largement le marché, tout en voyant ses recettes fondre.
L’écart entre la trajectoire des volumes et celle du chiffre d’affaires suggère que d’autres facteurs pèsent sur les comptes : évolution des prix à l’international, mix produits, coûts logistiques ou performance des activités connexes. Les états financiers publiés par Compagnie Fruitière Import ne détaillent toutefois ni la ventilation des ventes de PHP entre banane, ananas et autres cultures, ni la structure des charges d’exploitation. Impossible donc, à ce stade, d’isoler la contribution précise de chaque segment au recul enregistré, ni d’identifier les postes de dépenses qui ont amplifié le déficit.
Un renforcement capitalistique en 2024 sans effet immédiat
La dégradation intervient pourtant après une opération de recapitalisation d’ampleur. En 2024, la maison mère a souscrit 1 836 679 actions nouvelles d’une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune, soit une injection de 18,37 milliards de FCFA au capital de PHP. À l’issue de cette augmentation, Compagnie Fruitière Import portait sa participation à 99,90 % avant de la relever à 100 % en 2025. L’exposition du groupe français sur sa filiale camerounaise est désormais totale.
Les comptes 2025 mentionnent en parallèle 17,09 millions d’euros de prêts et avances consentis à PHP, soit environ 11,2 milliards de FCFA, contre 19,25 millions d’euros un an plus tôt. L’encours de financement intragroupe a donc reculé d’environ 1,4 milliard de FCFA. La valeur brute des titres PHP inscrite au bilan de la maison mère s’élève quant à elle à 44,31 millions d’euros, soit près de 29,1 milliards de FCFA, reflet comptable d’un actif industriel stratégique mais mis à l’épreuve par la conjoncture.
Le pari de la consolidation avec Mbonjo
Malgré ces contre-performances, PHP poursuit une stratégie de consolidation du bassin bananier camerounais. Fin 2025, la filiale a repris la plantation de Mbonjo, cédée par Boh Plantations, tandis que la Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), autre entité camerounaise de Compagnie Fruitière, a récupéré le site de Missaka. L’opération élargit le périmètre productif du groupe dans le Moungo et le Sud-Ouest, deux régions historiques de la filière.
L’impact financier de ces reprises reste toutefois indéterminé. Le coût d’acquisition supporté par PHP pour Mbonjo, les investissements nécessaires à la remise à niveau des vergers ou la rentabilité attendue des actifs repris ne sont pas documentés. Reste que la concentration croissante du secteur autour de Compagnie Fruitière soulève des interrogations sur la résilience d’une filière stratégique pour les recettes d’exportation non pétrolières du Cameroun. Selon Investir au Cameroun, les comptes détaillés de la filiale devraient être scrutés de près par les autorités et les partenaires financiers dans les mois à venir.
Pour aller plus loin
Caverton liquide sa filiale d’hélicoptères au Cameroun · Sefeccam et LDCwood lancent le ThermoWood camerounais à Douala · L’Algérie lance un mégaprojet laitier au Sahara pour couper les importations

Be the first to comment on "PHP accuse 10,4 milliards FCFA de pertes en deux ans au Cameroun"