La santé à Mbacké, ville carrefour située à proximité immédiate de Touba, traverse une zone de turbulences. Les sections locales du Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (SAMES) et du Syndicat unique et démocratique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (SUDSAS) ont fait front commun pour signaler une série de dysfonctionnements qui pèsent sur la prise en charge des populations. Les deux organisations dénoncent un décalage croissant entre la demande de soins, portée par une démographie galopante, et les moyens humains et matériels effectivement déployés sur le terrain.
Un district sanitaire sous pression démographique
Le district de Mbacké couvre l’un des bassins de population les plus denses du pays, gonflé par les flux liés à la cité religieuse voisine. Pourtant, selon les représentants syndicaux, les effectifs médicaux et paramédicaux n’ont pas suivi cette trajectoire. Médecins spécialistes en nombre insuffisant, infirmiers polyvalents sur-sollicités, sages-femmes confrontées à des pics d’activité ininterrompus : la cartographie du personnel apparaît structurellement déséquilibrée. Cette tension se traduit, sur le terrain, par des temps d’attente allongés et un risque accru de ruptures dans la chaîne de soins.
Au-delà des ressources humaines, les syndicats pointent l’état du plateau technique. Les équipements de diagnostic, lorsqu’ils existent, accusent une obsolescence qui contraint les praticiens à orienter une part significative des patients vers Diourbel, Touba ou Dakar. Cette logique d’évacuation systématique alourdit la facture pour les ménages et engorge les structures de référence en aval. Pour les organisations professionnelles, le maintien d’une offre de proximité crédible suppose une remise à niveau rapide des plateaux d’imagerie, de laboratoire et d’urgence.
Conditions de travail et statut des agents
Le SAMES et le SUDSAS placent également au cœur de leur plaidoyer la question des conditions d’exercice. Les agents dénoncent un cumul de gardes, des arriérés sur certaines primes et un environnement professionnel jugé peu sécurisant face à la pression des usagers. Plusieurs incidents survenus dans des structures sanitaires sénégalaises au cours des derniers mois ont ravivé l’inquiétude des soignants quant à leur intégrité physique sur le lieu de travail. À Mbacké, le sentiment d’isolement de certains postes de santé périphériques renforce ce malaise.
Les revendications portent par ailleurs sur le statut et les perspectives de carrière des contractuels et des agents communautaires, dont le rôle est devenu central dans le maillage territorial. Les syndicats réclament une clarification des trajectoires d’intégration dans la fonction publique sanitaire, à l’heure où le ministère de la Santé et de l’Action sociale travaille à une refonte de la pyramide des emplois. Sans réponse rapide, préviennent-ils, l’érosion des vocations et la fuite vers le privé ou l’étranger pourraient s’accentuer.
Un signal politique adressé à Dakar
L’alerte lancée depuis Mbacké dépasse le cadre strictement local. Elle s’inscrit dans une séquence où plusieurs régions du Sénégal — Kolda, Tambacounda, Kaffrine — ont vu émerger des mobilisations comparables, traduisant la difficulté à territorialiser la politique de santé. Les syndicats exhortent le gouvernement à concrétiser les engagements pris en matière d’équité géographique et à accélérer l’exécution des programmes d’investissement adossés au Plan national de développement sanitaire et social.
Concrètement, les représentants du SAMES et du SUDSAS appellent à l’ouverture d’un dialogue tripartite associant le ministère de tutelle, les autorités déconcentrées et les organisations professionnelles. Ils plaident pour un audit indépendant des structures du district, préalable à un plan d’urgence chiffré. La capacité de l’exécutif à apporter une réponse rapide sera scrutée de près, alors que la santé figure parmi les priorités affichées par le pouvoir issu des élections de 2024. Reste à savoir si Mbacké servira de cas d’école d’une nouvelle gouvernance sanitaire, ou si la mobilisation s’enlisera dans les arbitrages budgétaires.
Pour aller plus loin
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