Pastef : un cadre évoque des tensions entre Sonko et Diomaye Faye

A vibrant minibus travels the streets of Dakar, passing a historic church under a clear blue sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

La scène politique sénégalaise bruisse depuis quelques jours d’une déclaration attribuée à Aldiouma Sow, cadre du parti Pastef, évoquant un épisode de tension entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Selon ce responsable, le chef du gouvernement aurait formulé des reproches au président de la République en sa présence, une révélation qui prend une résonance particulière à un moment où la cohésion du tandem exécutif est scrutée par l’opinion comme par les chancelleries.

Une confidence qui expose les tensions internes à Pastef

La formule rapportée en wolof, « Bii Sonko tané Diomaye, Aldiouma Sow andou si wone », peut se traduire approximativement par l’idée qu’Aldiouma Sow aurait assisté à un moment où Ousmane Sonko aurait recadré Bassirou Diomaye Faye. Pour un parti construit autour de la discipline militante et d’une rhétorique d’unité sans faille, ce type de témoignage public constitue un signal politique loin d’être anodin. Il alimente une narration déjà installée, celle d’un président élu sous la bannière du leader historique du mouvement, mais désormais sommé d’affirmer sa propre autorité institutionnelle.

Le contexte rend la sortie d’autant plus sensible. Depuis l’accession au pouvoir du duo en mars 2024, plusieurs séquences ont nourri l’hypothèse d’arbitrages parfois divergents entre la Présidence et la Primature. Les nominations, le rythme des réformes, la gestion des dossiers économiques hérités du régime précédent ont fait l’objet de lectures contrastées au sein même de la mouvance présidentielle. Les déclarations d’Aldiouma Sow, qu’elles relèvent du témoignage direct ou du commentaire partisan, viennent cristalliser ces interrogations.

Sonko et Diomaye Faye, un attelage scruté depuis l’élection

La trajectoire du Pastef-Les Patriotes est indissociable du parcours judiciaire d’Ousmane Sonko, dont l’inéligibilité avait conduit la formation à porter Bassirou Diomaye Faye à la candidature présidentielle. Élu dès le premier tour avec plus de 54 % des suffrages, ce dernier a immédiatement nommé son mentor au poste de Premier ministre. Cet arrangement institutionnel, parfois qualifié de bicéphalisme, soulève une question constitutionnelle classique : qui, du président ou du chef du gouvernement, fixe le cap réel ?

Sur le papier, la Constitution sénégalaise confère au chef de l’État la prééminence. Dans les faits, l’influence d’Ousmane Sonko sur l’appareil partisan et sur la base militante reste considérable. Les législatives anticipées de novembre 2024, remportées largement par Pastef, ont consolidé cette assise. Reste que la conduite quotidienne des affaires de l’État impose au président des arbitrages que ses partisans les plus fervents n’accueillent pas toujours favorablement.

Un signal politique pour les partenaires économiques et diplomatiques

Pour les investisseurs et les partenaires bilatéraux du Sénégal, la stabilité du couple exécutif n’est pas une question secondaire. Dakar négocie avec le Fonds monétaire international (FMI) un nouveau cadre de coopération après la révélation, en 2024, d’écarts importants dans les statistiques de finances publiques héritées de l’ancien gouvernement. Les chantiers liés à l’exploitation du gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, à la renégociation annoncée de certains contrats miniers et à la refonte du code pétrolier exigent une ligne politique claire et constante.

Dans le même temps, le Sénégal occupe une position diplomatique singulière en Afrique de l’Ouest, entre une Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) fragilisée par les départs des régimes sahéliens et une volonté affichée par Dakar de jouer un rôle de médiateur régional. Toute perception d’instabilité au sommet de l’exécutif pèse mécaniquement sur cette ambition.

Ni la Présidence ni la Primature n’ont, à ce stade, réagi officiellement aux propos attribués à Aldiouma Sow. Le silence des deux têtes de l’exécutif tranche avec l’effervescence générée sur les réseaux sociaux et dans la presse sénégalaise, où chaque mot du cadre de Pastef est désormais disséqué. Pour les observateurs de la vie politique nationale, l’épisode confirme surtout que la gestion du récit interne du parti au pouvoir devient un enjeu aussi déterminant que les politiques publiques elles-mêmes. Selon Seneweb, la sortie du responsable de Pastef continue d’alimenter les commentaires au sein de la classe politique sénégalaise.

Pour aller plus loin

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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