Le commandant de la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), le général Esmaïl Qaani, a réitéré l’engagement de Téhéran aux côtés du Hezbollah libanais, dans une déclaration relayée par la presse beyrouthine. Selon ses propos, aucune puissance régionale ou internationale n’est aujourd’hui en mesure de faire plier le parti chiite, malgré les coups portés à son commandement depuis l’automne 2024. Le responsable iranien a évoqué l’existence de « nouvelles cartes » que l’axe dit de la résistance se réserve de jouer « si nécessaire ».
Ces déclarations interviennent dans un contexte de recomposition accélérée du paysage sécuritaire au Levant. Le Hezbollah, affaibli par la campagne militaire israélienne menée à l’automne 2024 et par la disparition de plusieurs de ses cadres historiques, fait face à une pression interne sans précédent pour rendre ses armes au profit de l’État libanais. Téhéran, de son côté, observe avec inquiétude l’effritement de son glacis stratégique après la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie.
Un message de fermeté adressé à Israël et à Washington
En affirmant que personne ne peut « se dresser face au Hezbollah », Esmaïl Qaani entend rassurer la base militante du parti chiite tout en envoyant un signal de dissuasion à Israël. Le successeur du général Qassem Soleimani, tué à Bagdad en janvier 2020, est l’architecte opérationnel des relations entre Téhéran et ses alliés régionaux, du Yémen à l’Irak en passant par le Liban. Sa parole engage directement la doctrine de défense extérieure de la République islamique.
L’évocation de « cartes nouvelles » à dévoiler le moment venu renvoie au registre classique de l’ambiguïté stratégique cultivée par l’Iran. Le terme employé suggère l’existence de capacités militaires, logistiques ou de réseaux d’alliés qui n’auraient pas encore été activés. Reste à savoir si cette rhétorique relève d’un avertissement crédible ou d’une posture destinée à compenser l’érosion réelle du dispositif régional iranien depuis 2024.
Le Hezbollah sous pression intérieure et internationale
Au Liban, le débat sur le monopole étatique de la force a repris avec vigueur depuis l’arrivée au pouvoir du président Joseph Aoun et la formation du gouvernement de Nawaf Salam. Les autorités libanaises, soutenues par les chancelleries occidentales et plusieurs capitales arabes, ont affiché leur volonté de placer toutes les armes sous l’autorité de l’armée nationale, conformément aux engagements pris dans le cadre du cessez-le-feu négocié avec Israël en novembre 2024. Le Hezbollah résiste à cette perspective, qu’il assimile à un désarmement unilatéral au bénéfice de l’État hébreu.
Le soutien public affiché par le général Qaani s’inscrit dans cette bataille politique. En réaffirmant la solidité de l’alliance entre Téhéran et le parti de Naïm Qassem, l’Iran cherche à consolider la position du Hezbollah dans les arbitrages internes libanais. Le message vise aussi à dissuader Beyrouth de céder aux pressions américaines et saoudiennes en faveur d’un démantèlement de l’appareil militaire du mouvement.
Une équation régionale instable
Sur le plan stratégique, la déclaration du chef d’Al-Qods doit être lue à l’aune des frappes israéliennes répétées contre des positions du Hezbollah dans la Bekaa et le Sud-Liban, malgré l’accord de cessation des hostilités. Tel-Aviv considère que la reconstitution des capacités militaires du parti chiite constitue une ligne rouge. Téhéran, à l’inverse, juge indispensable de maintenir un allié armé sur le flanc nord d’Israël pour préserver sa dissuasion régionale.
La référence à de futures révélations entretient l’incertitude sur les marges de manœuvre iraniennes après la dégradation de l’axe syrien et l’affaiblissement des milices chiites en Irak. Plusieurs analystes y voient une tentative de réinvestir le terrain narratif à défaut de pouvoir, à court terme, rééquilibrer le rapport de forces militaire. Concrètement, l’ambiguïté entretenue par Qaani sert autant la diplomatie de Téhéran que la communication interne du Hezbollah auprès de ses partisans.
La séquence ouverte par ces déclarations alimentera vraisemblablement les négociations en cours autour de la mise en œuvre de la résolution 1701 et du retrait israélien des positions encore occupées au Liban-Sud. Selon Al Akhbar, le général iranien a tenu ces propos dans le cadre d’une intervention publique consacrée à la situation régionale.
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