Le Kenya s’oriente vers une nouvelle émission obligataire libellée en devises pour un montant de 1,13 milliard de dollars. Cette opération, préparée par le Trésor de Nairobi, traduit la volonté du gouvernement de William Ruto de profiter d’une fenêtre favorable sur les marchés internationaux afin d’alléger le coût d’une dette extérieure jugée préoccupante par les bailleurs multilatéraux. Le pays d’Afrique de l’Est cherche à équilibrer un service de la dette qui absorbe une part croissante de ses recettes fiscales, tout en maintenant la trajectoire convenue avec le Fonds monétaire international (FMI).
Un retour stratégique sur le marché des eurobonds
L’exécutif kényan privilégie une opération de refinancement plutôt qu’une levée nette de ressources budgétaires. La logique : remplacer des échéances onéreuses, en particulier celles héritées de l’eurobond émis dans les années 2010, par de nouveaux instruments aux conditions potentiellement plus avantageuses. Cette stratégie de lissage du profil de remboursement avait déjà été engagée début 2024, lorsque Nairobi avait procédé à un rachat partiel de son eurobond de 2 milliards de dollars arrivant à maturité en juin de la même année. L’opération avait alors été saluée par les agences de notation comme un signal de gestion proactive du passif souverain.
Le calendrier de la nouvelle émission n’est pas anodin. Les rendements sur les dettes africaines libellées en devises ont nettement reflué depuis le pic atteint en 2023, période durant laquelle plusieurs souverains du continent s’étaient retrouvés écartés des marchés. Le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Sénégal ont depuis profité du regain d’appétit des investisseurs internationaux pour les actifs émergents à haut rendement. Nairobi entend capitaliser sur cette fenêtre, en misant sur la solidité relative de sa croissance, estimée autour de 5 % pour l’exercice en cours.
Une dette publique sous tension
Le contexte budgétaire reste néanmoins délicat. La dette publique kényane dépasse 70 % du produit intérieur brut, un niveau qui place le pays dans la catégorie des États à risque modéré, voire élevé, de surendettement selon les évaluations du FMI et de la Banque mondiale. Le service de la dette mobilise désormais plus de la moitié des recettes fiscales, ce qui restreint mécaniquement la capacité d’investissement public dans les infrastructures et les services sociaux. Les manifestations de juin 2024 contre le projet de loi de finances avaient d’ailleurs contraint le gouvernement à retirer plusieurs hausses de prélèvements, créant un manque à gagner que les autorités tentent encore de combler.
Le programme appuyé par le FMI, doté de plus de 3,6 milliards de dollars depuis 2021, constitue l’ancrage extérieur de cette stratégie. Les décaissements successifs sont conditionnés au respect d’objectifs précis en matière de mobilisation des recettes, de maîtrise du déficit primaire et de réforme des entreprises publiques déficitaires. Une émission réussie viendrait conforter la crédibilité du gouvernement Ruto auprès des marchés et des partenaires multilatéraux, tout en réduisant la pression sur les réserves de change de la Banque centrale du Kenya.
Un signal pour les souverains africains
Au-delà du cas kényan, cette opération sera scrutée par l’ensemble des trésors publics du continent. Plusieurs États d’Afrique subsaharienne, parmi lesquels l’Angola, le Nigeria ou encore la Zambie sortie de défaut, surveillent le pricing qui sera obtenu par Nairobi pour calibrer leurs propres incursions. Le coupon servi et la prime exigée par les investisseurs offriront un baromètre des conditions d’accès au capital pour les économies frontières, dans une période où la concurrence entre marchés émergents s’intensifie face au resserrement persistant des liquidités mondiales.
Reste que la soutenabilité de cette stratégie de refinancement dépendra de la capacité du Kenya à élargir durablement son assiette fiscale et à contenir ses dépenses récurrentes. Les autorités tablent sur une amélioration progressive du solde primaire pour réduire le recours aux marchés extérieurs à moyen terme. Concrètement, chaque point de base économisé sur le coupon représente plusieurs millions de dollars libérés pour d’autres priorités budgétaires. Selon Financial Afrik, l’annonce officielle des conditions définitives de l’émission est attendue dans les prochaines semaines.
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