Le dossier sensible du monopole étatique des armes au Liban connaît un nouveau coup d’arrêt. Selon les éléments rapportés par la presse libanaise, la Résistance, structurée autour du Hezbollah, a clairement indiqué aux autorités gouvernementales que les conditions politiques et sécuritaires actuelles ne permettent pas d’engager un transfert de son arsenal vers les institutions de l’État. La formule employée résume la position du parti chiite : tant que les frappes israéliennes se poursuivent et que des troupes étrangères demeurent en territoire libanais, le pays reste sous menace directe.
Le débat sur la centralisation des armes entre les mains de l’armée libanaise n’est pas nouveau, mais il a pris une intensité inédite depuis la guerre déclenchée à l’automne 2023 et le cessez-le-feu négocié fin 2024. Le gouvernement, sous pression internationale, notamment américaine et française, est tenu de présenter une feuille de route crédible. Les médiateurs occidentaux conditionnent une partie de l’aide à la reconstruction et de la coopération financière à des avancées tangibles sur ce dossier.
Une exigence gouvernementale percutée par la réalité du terrain
La position défendue par la Résistance se fonde sur un argument opérationnel : aucune force régulière libanaise n’est aujourd’hui en mesure de dissuader seule des incursions ou des frappes aériennes israéliennes. Les violations répétées de la trêve, les bombardements ciblés dans le Sud et la Bekaa, ainsi que le maintien d’une présence militaire israélienne dans plusieurs positions frontalières constituent, selon elle, autant de preuves que le danger existentiel n’a pas reculé. Dans ce contexte, déposer les armes reviendrait à exposer une partie de la population à un risque non couvert par l’État.
Côté gouvernemental, l’argument est inverse. Le pouvoir exécutif estime que l’existence d’une force armée parallèle prive Beyrouth de tout levier diplomatique et entretient une ambiguïté qui sert de prétexte à Tel-Aviv pour poursuivre ses opérations. Plusieurs responsables plaident pour une approche graduelle, qui consisterait à intégrer une partie des combattants dans les structures officielles tout en obtenant des garanties internationales sur le retrait israélien. Cette ligne reste néanmoins minoritaire dans les discussions internes.
Un blocage qui dépasse le seul cadre libanais
L’impasse libanaise s’inscrit dans une recomposition régionale plus large. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad fin 2024 et la reconfiguration du couloir logistique entre Téhéran, Damas et Beyrouth, le Hezbollah a perdu une partie de ses profondeurs stratégiques. Paradoxalement, cette fragilisation renforce sa volonté de conserver l’intégralité de ses capacités défensives, plutôt que de les transférer à un État qu’il juge perméable aux ingérences étrangères et structurellement affaibli depuis l’effondrement financier de 2019.
Les chancelleries occidentales et arabes observent ce blocage avec inquiétude. Washington plaide pour un calendrier strict, tandis que Paris défend une démarche plus politique, articulée autour de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU et du rôle de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Les capitales du Golfe, traditionnellement réservées sur tout engagement financier sans clarification du statut des armes, conditionnent leur retour à des gestes concrets de Beyrouth.
Une équation politique à plusieurs inconnues
La crise du désarmement révèle, en creux, la difficulté du Liban à articuler souveraineté formelle et réalité du rapport de forces. Le gouvernement formé après l’élection présidentielle dispose d’un mandat clair pour avancer sur ce dossier, mais il ne peut ignorer le poids politique et social du Hezbollah, qui demeure l’un des principaux blocs parlementaires et représente une part significative de la communauté chiite. Toute décision unilatérale comporterait un risque de fracture interne aux conséquences imprévisibles.
Reste la dimension temporelle. Plusieurs interlocuteurs estiment que la fenêtre diplomatique se referme à mesure que les opérations israéliennes se prolongent et que la reconstruction des zones sinistrées prend du retard. Sans un cadre régional englobant la question palestinienne, le statut du Golan et la posture iranienne, le dossier des armes au Liban risque de demeurer suspendu à des variables que Beyrouth ne maîtrise pas. Selon Al Akhbar, la Résistance maintient sa lecture : tant que la menace persiste, aucun engagement formel ne saurait être pris.
Pour aller plus loin
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