Sud-Liban : les oliveraies visées par les frappes israéliennes

Serene view of a lush olive grove under a bright blue sky with fluffy clouds.Photo : Hani Salama / Pexels

La guerre menée par l’armée israélienne dans le Sud-Liban prend une dimension nouvelle avec la destruction méthodique des oliveraies qui bordent la frontière. Bombardements, incendies au phosphore et bulldozers militaires ravagent des vergers dont certains arbres remontent à plusieurs siècles. Pour les habitants du Liban-Sud, l’olivier n’est pas une simple culture de rente : il constitue à la fois la mémoire familiale, la garantie alimentaire et l’ancrage territorial. En s’attaquant aux racines, l’occupant vise un patrimoine que les paysans considèrent comme indissociable de leur présence sur la terre.

Une filière agricole au cœur de l’économie du Sud-Liban

L’olivier occupe une place cardinale dans l’économie rurale du Sud-Liban. Les localités de Bint Jbeil, Marjeyoun, Nabatiyé et de la bande frontalière tirent une part significative de leurs revenus de la production d’huile et d’olives de table. Les récoltes d’automne mobilisent des familles entières, souvent sur des parcelles héritées de génération en génération. La destruction des arbres, contrairement à celle des bâtiments, ne se répare pas en quelques années : un olivier productif exige entre quinze et vingt ans avant de rejoindre son plein rendement, et les spécimens centenaires, une fois calcinés, ne se remplacent tout simplement pas.

Les agriculteurs interrogés par la presse libanaise décrivent des scènes de désolation. Des vergers entiers réduits en cendres après le passage d’obus incendiaires, des sols contaminés par les résidus de munitions, des chemins d’accès minés qui empêchent tout retour aux parcelles. Plusieurs coopératives locales estiment que les pertes se chiffrent en milliers d’hectares, sans qu’un bilan précis puisse encore être établi tant que les combats se poursuivent et que l’accès aux terres demeure impossible pour les propriétaires déplacés.

La dimension symbolique d’une destruction ciblée

Au-delà du préjudice économique, le ciblage des oliveraies revêt une charge symbolique lourde. Dans l’imaginaire levantin, l’olivier incarne la permanence, l’attachement à la terre et la transmission. Détruire un verger ancestral, c’est effacer un marqueur d’appartenance et fragiliser le lien qui unit les habitants à leurs villages. Les organisations paysannes libanaises, ainsi que plusieurs voix universitaires, dénoncent une stratégie qui viserait à rendre invivable la zone frontalière et à décourager tout retour des populations déplacées vers leurs foyers.

Ce mode opératoire n’est pas inédit dans la région. Des pratiques comparables ont été documentées de longue date en Cisjordanie, où l’arrachage d’oliviers palestiniens par les colons et l’armée constitue un contentieux récurrent. La reproduction de ces méthodes au Sud-Liban conforte, aux yeux des observateurs arabes, l’hypothèse d’une doctrine assumée : priver les communautés rurales de leurs moyens de subsistance pour reconfigurer durablement le paysage humain le long de la frontière.

Un défi de reconstruction sans équivalent

La question de la reconstruction agricole se posera avec acuité au lendemain des hostilités. Les autorités libanaises, déjà exsangues sur le plan financier, disposent de peu de marges pour indemniser les producteurs ou financer une replantation à grande échelle. Le ministère de l’Agriculture évalue régulièrement les dégâts, mais les moyens engagés restent sans commune mesure avec l’ampleur du désastre. Les bailleurs internationaux, sollicités pour la reconstruction des infrastructures, sont peu enclins à couvrir la restauration d’un capital naturel dont la maturation dépasse l’horizon des cycles de financement classiques.

Les organisations non gouvernementales tentent de combler ce vide en distribuant des plants et en accompagnant les coopératives. Mais la relance suppose au préalable un cessez-le-feu durable, le déminage des parcelles et la sécurisation des accès. Sans ce triptyque, les oliveraies détruites resteront en friche, accélérant l’exode rural et transformant durablement la carte économique du Sud-Liban.

Reste que la mobilisation des paysans témoigne d’une résilience têtue. Malgré les risques, certains propriétaires reviennent inspecter leurs parcelles entre deux frappes, sauvent ce qui peut l’être et replantent dès que la situation le permet. Cette persévérance, ancrée dans un rapport séculaire à la terre, dessine la première ligne d’une reconstruction qui se jouera autant dans les champs que dans les enceintes diplomatiques. Selon Al Akhbar, la guerre contre les oliviers du Sud vise bien les racines mêmes de la présence libanaise à la frontière.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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