Cisjordanie : Israël lance les appels d’offres du projet de colonie E1

Stunning aerial view capturing residential and rugged natural landscape in Tekoa.Photo : shay safrai / Pexels

Le projet de colonisation E1 en Cisjordanie franchit une étape décisive. Le gouvernement israélien a lancé les appels d’offres devant permettre la mise en chantier de ce plan d’urbanisation hautement stratégique, qui vise à relier Jérusalem à la colonie de Ma’ale Adumim, située à quelques kilomètres à l’est de la ville sainte. Porté de longue date par la droite et l’extrême droite israéliennes, ce dossier longtemps gelé sous la pression internationale entre désormais dans sa phase opérationnelle.

Un corridor de colonisation qui scinde la Cisjordanie

La zone dite E1 couvre une bande d’environ douze kilomètres carrés entre Jérusalem-Est annexée et Ma’ale Adumim, l’une des plus grandes implantations israéliennes du territoire occupé. En y autorisant la construction de logements, d’infrastructures routières et d’équipements publics, l’État hébreu compte créer une continuité urbaine ininterrompue entre la municipalité et son hinterland colonial. L’enjeu géographique est limpide : couper en deux la partie centrale de la Cisjordanie, en séparant ses zones nord et sud.

Pour les Palestiniens, les conséquences seraient considérables. La circulation entre Ramallah, Bethléem et Hébron, déjà entravée par les points de contrôle, dépendrait de couloirs de contournement étroits et soumis à la surveillance israélienne. L’expansion urbaine de Jérusalem-Est, principal pôle économique et démographique palestinien, se trouverait elle aussi verrouillée par l’avancée des implantations à l’est.

La solution à deux États fragilisée

Au-delà de la question foncière, le projet E1 cristallise un débat diplomatique ancien. Les chancelleries européennes, Washington sous plusieurs administrations démocrates et les Nations unies ont toujours considéré ce plan comme l’un des plus dommageables à la perspective d’un État palestinien viable. La raison tient à la géographie : un territoire palestinien fragmenté, sans continuité territoriale entre le nord et le sud de la Cisjordanie, perdrait de facto les attributs minimaux d’un État souverain.

Plusieurs cabinets israéliens successifs avaient suspendu la mise en œuvre du projet sous l’effet des pressions internationales, en particulier depuis le début des années 2010. Le retour aux affaires d’une coalition dominée par les partisans déclarés de l’annexion, et la marginalisation diplomatique des partisans d’une solution négociée, ont rebattu les cartes. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui supervise également l’administration civile chargée de la Cisjordanie, défend ouvertement une logique d’élargissement continu de l’emprise israélienne dans la zone C.

Des appels d’offres aux premières pelleteuses

Le lancement des appels d’offres marque le passage du dossier dans une phase irréversible sur le plan administratif. Une fois les marchés attribués et les premiers travaux d’infrastructure engagés — voirie, raccordements, terrassement — l’option d’un retour en arrière devient politiquement et matériellement plus coûteuse. Les promoteurs et entreprises sélectionnés disposeront de garanties contractuelles, et les premiers logements pourraient sortir de terre dans les prochaines années.

La temporalité retenue par le cabinet israélien interpelle. Elle intervient alors que la guerre à Gaza continue de mobiliser l’attention internationale et que plusieurs capitales européennes, dont Paris et Londres, ont reconnu ou évoqué la reconnaissance d’un État palestinien. En accélérant sur E1, le gouvernement israélien adresse un message politique direct : la dynamique de colonisation n’est ni négociable, ni soumise au calendrier diplomatique extérieur.

Une équation régionale sous tension

Pour les partenaires arabes d’Israël, à commencer par la Jordanie et l’Égypte, signataires de traités de paix, l’avancée d’E1 constitue un irritant majeur. Amman, dont la population compte une forte composante d’origine palestinienne, exprime régulièrement son inquiétude face à toute mesure susceptible de provoquer de nouveaux déplacements. Les capitales du Golfe engagées dans les accords d’Abraham, et celles qui envisagent une normalisation, devront pour leur part composer avec un dossier devenu plus difficile à défendre auprès de leurs opinions publiques.

Reste la question des bédouins de Khan al-Ahmar et d’autres communautés palestiniennes installées dans le périmètre concerné, dont l’évacuation forcée constitue un préalable opérationnel aux travaux. Ce volet humain alimentera vraisemblablement de nouveaux contentieux devant les juridictions israéliennes et les instances internationales.

Selon France 24 Moyen-Orient, les appels d’offres lancés ces derniers jours par les autorités israéliennes ouvrent la voie au démarrage effectif des chantiers de la zone E1.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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