Le Sénégal a engagé les travaux du gazoduc GTA-Gandon, maillon terrestre destiné à acheminer le gaz extrait du champ offshore Grand Tortue Ahmeyim (GTA) jusqu’à la commune de Gandon, en périphérie de Saint-Louis. Le lancement du chantier a réuni autorités centrales et élus locaux, tous soucieux de mettre en avant la portée économique et sociale d’un projet considéré comme structurant pour le nord du pays. L’ouvrage doit prolonger à terre la production du gisement gazier transfrontalier exploité avec la Mauritanie, dont la première phase est entrée en service en début d’année.
Une infrastructure stratégique pour la valorisation domestique du gaz
Le gazoduc GTA-Gandon s’inscrit dans la stratégie sénégalaise de monétisation du gaz naturel sur le marché intérieur, baptisée « Gas-to-Power ». Il s’agit d’orienter une partie des hydrocarbures extraits au large de Saint-Louis vers la production d’électricité et les usages industriels nationaux, plutôt que de les réserver intégralement à l’exportation sous forme de gaz naturel liquéfié. La conduite reliera les installations côtières au futur point de raccordement de Gandon, où le gaz sera traité avant d’alimenter les centrales thermiques de la Senelec et, à plus long terme, des unités industrielles.
Cette logique de souveraineté énergétique est défendue de longue date par les autorités, qui voient dans le gaz domestique un moyen de réduire la facture des importations d’hydrocarbures liquides et de stabiliser le coût de l’électricité. La conversion progressive du parc thermique sénégalais au gaz constitue l’un des piliers de cette politique, dont la concrétisation dépend précisément de la mise en service d’infrastructures de transport telles que le gazoduc lancé à Saint-Louis.
Saint-Louis et Gandon, territoires d’accueil et attentes locales
Le choix de Gandon, commune limitrophe de Saint-Louis, n’est pas anodin. La région concentre déjà l’essentiel des activités liées au champ GTA, depuis les bases logistiques jusqu’aux dispositifs d’accompagnement des communautés de pêcheurs affectées par les installations offshore. Les autorités locales attendent du chantier un effet d’entraînement sur l’emploi, la sous-traitance et les services connexes, dans une zone marquée par la pression sur les ressources halieutiques et par les tensions sociales liées à la transition énergétique.
Lors de la cérémonie de lancement, les responsables présents ont mis en avant la dimension socioéconomique du projet, évoquant la création d’emplois durant la phase de construction et la perspective de retombées fiscales pour les collectivités. Reste que les acteurs locaux, élus comme représentants des communautés riveraines, conditionnent leur adhésion à la mise en œuvre effective des engagements en matière de contenu local, de formation et d’indemnisation. La question du partage de la rente gazière demeure un point de vigilance, dans le sillage des débats nourris sur la gouvernance des hydrocarbures depuis l’arrivée au pouvoir des autorités issues de l’alternance de mars 2024.
Un calendrier sous tension après le démarrage de GTA
Le projet Grand Tortue Ahmeyim, opéré par BP avec Kosmos Energy, Petrosen et la Société mauritanienne des hydrocarbures, a livré sa première cargaison de GNL au premier trimestre. Le passage à la phase de valorisation domestique, via le gazoduc terrestre, constitue la suite logique du calendrier industriel. Les autorités sénégalaises ont à plusieurs reprises plaidé pour une accélération de cette étape, jugée essentielle pour que les bénéfices du gaz soient ressentis par les ménages et les entreprises au-delà des seules recettes d’exportation.
Concrètement, la mise en service du gazoduc GTA-Gandon devra être synchronisée avec l’adaptation des centrales électriques destinées à recevoir le gaz et avec la finalisation des accords commerciaux entre Petrosen et les acheteurs domestiques. Les délais de réalisation, le coût final de l’ouvrage et les conditions d’approvisionnement seront scrutés de près par les bailleurs et les opérateurs, à un moment où Dakar revoit globalement son cadre contractuel pétro-gazier. Pour Saint-Louis, le chantier marque en tout cas une bascule : la ville historique de l’embouchure du fleuve Sénégal s’inscrit désormais comme un nœud de la future carte énergétique nationale. Selon Seneweb.
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