Afreximbank devient le premier créancier commercial du Cameroun

A vibrant city street scene with people walking among urban architecture and buildings.Photo : Sizwe Shabalala / Pexels

La dette commerciale du Cameroun a franchi un cap symbolique au premier trimestre 2026. Selon la note de conjoncture publiée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), gestionnaire de la dette publique, son encours atteint 2 083,7 milliards de FCFA à fin mars 2026, dépassant pour la première fois la barre des 2 000 milliards. Dans ce nouvel équilibre, Afreximbank concentre à elle seule 26,3 % de l’enveloppe, soit environ 547,9 milliards de FCFA, devenant le premier créancier commercial de Yaoundé devant les placements privés réalisés via le London Stock Exchange Group (LSEG) et l’eurobond émis en 2021.

La progression est spectaculaire. Entre mars 2025 et mars 2026, l’exposition camerounaise à la banque panafricaine est passée de 208,8 à 547,9 milliards de FCFA, soit 339,1 milliards supplémentaires en valeur absolue et une hausse de 162,4 % en glissement annuel. Cette accélération témoigne d’un recours assumé aux marchés internationaux et aux institutions panafricaines, à mesure que les guichets concessionnels traditionnels se font plus rares et plus exigeants.

Une stratégie de financement qui pivote vers le non-concessionnel

Derrière Afreximbank, les placements privés intermédiés par LSEG représentent 23,2 % de la dette commerciale, soit 5,2 % de la dette extérieure totale. L’eurobond de 2021 pèse pour sa part 21,6 % de cette catégorie, ou 4,8 % du stock extérieur global. La structure confirme une bascule de fond : le Cameroun diversifie ses sources de financement, mais migre vers des instruments de marché dont le coût excède sensiblement celui des prêts concessionnels octroyés par les bailleurs multilatéraux historiques.

Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, avait lui-même quantifié l’ampleur du partenariat lors de la présentation aux investisseurs du programme de financement de l’État, le 19 février 2026 à Douala. Selon lui, Afreximbank a mobilisé depuis 2024 plus de 600 milliards de FCFA de facilités cumulées au profit de l’État et du secteur privé camerounais. Le membre du gouvernement y voit la marque d’une « confiance forte et assumée dans le potentiel et la signature du Cameroun », sans toutefois détailler la ventilation précise entre acteurs publics et privés.

Garanties, swaps et prêts directs : une boîte à outils diversifiée

Les concours d’Afreximbank au Cameroun se déploient via des instruments hétérogènes. La banque a notamment fourni une opération de swap permettant à l’État de convertir des ressources en euros en FCFA, dans le cadre de l’émission de 200 milliards de FCFA de titres publics sur le marché de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) en juin 2025. Elle a également garanti la mobilisation de 159 milliards de FCFA auprès de banques locales la même année, et octroyé trois crédits totalisant 96 milliards de FCFA pour le projet d’électrification solaire de 200 localités.

Cette diversité des instruments complique la lecture de l’exposition réelle. Une garantie, un prêt direct ou un swap n’affectent pas le stock de dette de la même manière, ni le service budgétaire futur. Reste que la multiplication de ces opérations confirme l’ancrage de la banque panafricaine au cœur du dispositif de financement de l’État camerounais.

Une présence qui s’étend au secteur privé industriel

Depuis l’ouverture de son bureau régional pour l’Afrique centrale à Yaoundé en 2021, Afreximbank étend également son empreinte dans le secteur privé. L’institution a financé près de 2 milliards de FCFA d’études de maturation pour le projet d’usine de bitume porté à Kribi par All Bitumen PLC, dont le coût total est estimé à 161 milliards de FCFA. Elle est aussi citée parmi les partenaires financiers du projet Cameroon Tyres Factory, évalué à plus de 400 milliards de FCFA, porté par l’homme d’affaires Antoine Ndzengue dans la périphérie de Douala.

Le contexte institutionnel ajoute une dimension diplomatique au dossier. Depuis septembre 2025, Afreximbank est dirigée par le Camerounais George Elombi, successeur de Benedict Oramah. Le pays est par ailleurs doublement lié à l’institution, comme État actionnaire et via la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), actionnaire de catégorie B avec un apport de 700 millions de FCFA. Ce double statut, débiteur et investisseur, alimente une relation privilégiée mais soulève une vigilance accrue sur les taux, les maturités et le service futur d’une dette devenue structurellement plus chère. Selon Investir au Cameroun.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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