Zamfara : Abuja conteste les accusations d’Amnesty sur des frappes

Nigerian Air Force helicopter with uniformed personnel onboard, parked outdoors.Photo : Adedire Abiodun / Pexels

Le Nigeria fait face à une nouvelle controverse autour de ses opérations aériennes contre les groupes armés du nord-ouest. Dans un communiqué publié le 14 mai 2026, l’état-major a qualifié de « rapport trompeur » et de « chiffres non-vérifiés » les accusations formulées par Amnesty International, qui évoque plus de cent victimes civiles lors d’une frappe menée le 10 mai sur un marché bondé de l’État de Zamfara. L’ONG documente depuis plusieurs années les bavures attribuées à l’aviation nigériane dans cette région en proie aux exactions de bandes criminelles désignées localement sous le terme de bandits.

Une frappe contestée au cœur du nord-ouest nigérian

Selon le récit d’Amnesty International, l’attaque aurait visé un point de rassemblement commercial fréquenté par des habitants venus s’approvisionner. L’organisation avance un bilan supérieur à cent morts, sans que ce chiffre puisse être recoupé de source indépendante à ce stade. Abuja, par la voix de ses forces armées, conteste la méthodologie de l’ONG et met en doute la fiabilité des témoignages recueillis sur place. L’armée affirme que ses opérations dans la zone ciblent exclusivement des combattants identifiés et respectent les règles d’engagement.

L’État de Zamfara constitue depuis 2018 l’un des principaux théâtres d’opérations de l’armée de l’air nigériane contre les groupes armés non étatiques. Les zones rurales y subissent une pression sécuritaire continue, entre raids des bandes criminelles, enlèvements de masse et opérations de représailles. Cette configuration complique l’établissement des faits après chaque incident, faute d’accès humanitaire ou journalistique régulier aux localités frappées.

L’ONU réclame une enquête impartiale

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a réagi en demandant l’ouverture d’une enquête indépendante destinée à établir les responsabilités. L’instance onusienne rappelle que le droit international humanitaire impose aux belligérants de distinguer en permanence civils et combattants, et de prendre toutes les précautions pratiques pour éviter les pertes parmi la population. La requête onusienne fait écho à plusieurs précédents documentés au Nigeria, où des frappes aériennes ont déjà touché des camps de déplacés ou des villages.

En décembre 2023, une frappe sur la localité de Tudun Biri, dans l’État de Kaduna, voisin de Zamfara, avait coûté la vie à plus de quatre-vingts civils réunis pour une célébration religieuse. L’armée avait alors reconnu une « erreur » d’interprétation du renseignement. Cet antécédent pèse aujourd’hui dans la lecture internationale du dossier de Zamfara, alors qu’aucun mécanisme contraignant n’oblige les forces armées à publier les conclusions de leurs enquêtes internes.

Un dilemme stratégique pour la présidence Tinubu

Pour l’exécutif fédéral dirigé par Bola Ahmed Tinubu, le séquençage politique est délicat. L’usage de la puissance aérienne demeure l’un des rares outils permettant de frapper rapidement des regroupements de combattants dans des zones forestières difficilement accessibles aux troupes terrestres. Dans le même temps, la répétition des incidents impliquant des civils alimente la défiance des populations rurales, déjà éprouvées par l’insécurité chronique et la chute du pouvoir d’achat consécutive à la fin des subventions sur le carburant.

La question pèse également sur les partenariats militaires extérieurs du Nigeria. Plusieurs fournisseurs occidentaux, notamment américains, conditionnent la livraison ou la maintenance de leurs équipements au respect de critères stricts en matière de droits humains. Une confirmation des chiffres avancés par Amnesty International pourrait rouvrir le débat au Congrès américain, où des élus s’opposent régulièrement aux ventes d’armes vers Abuja en invoquant les bavures passées. Dans ce contexte, la qualité de l’enquête que pourraient ou non diligenter les autorités nigérianes constituera un test direct de leur crédibilité auprès des bailleurs sécuritaires et des organisations multilatérales.

Reste que, à court terme, l’écart entre la version officielle et celle de l’ONG illustre une zone grise persistante au Sahel élargi, où la lutte contre les groupes armés se mène loin du regard des observateurs internationaux. Selon RFI Afrique.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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