Le rapport publié le 10 juin par Human Rights Watch (HRW) jette une lumière crue sur les pratiques imputées au Rwanda et à la coalition Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 mars (AFC/M23) dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). L’ONG américaine y détaille les sévices subis par des hommes et adolescents acheminés vers les camps militaires de Rumangabo et de Tshanzu, au Nord-Kivu, dans les semaines qui ont suivi la prise de Goma en janvier 2025. Coups répétés, privations d’eau, exécutions sommaires : la documentation rassemblée par les enquêteurs conduit à une qualification de crimes de guerre.
Rumangabo et Tshanzu, épicentres des abus documentés
Les deux sites cités par HRW ne sont pas des inconnus du conflit congolais. Rumangabo, situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de Goma, abrite l’un des principaux camps d’entraînement militaire de la région et a changé de mains à plusieurs reprises depuis le début des années 2010. Tshanzu, plus au nord, demeure historiquement un sanctuaire du M23 depuis sa première rébellion. Selon HRW, ces deux emprises ont servi de centres de tri et de conditionnement pour des recrues capturées ou contraintes, au lendemain de l’effondrement des positions des Forces armées de la RDC (FARDC) dans le chef-lieu provincial.
Les enquêteurs décrivent une logistique organisée. Des civils raflés dans les quartiers de Goma et dans les camps de déplacés auraient été regroupés, transportés puis soumis à un régime disciplinaire d’une grande brutalité. Des témoignages évoquent des journées sans eau ni nourriture, des passages à tabac systématiques et l’élimination, à l’écart, de ceux qui refusaient de combattre ou tentaient la fuite. L’ONG estime que plusieurs milliers de personnes ont transité par ces installations, dont des mineurs, ce qui ouvre une seconde qualification juridique relative au recrutement d’enfants soldats.
Une mise en cause directe du soutien rwandais
Au-delà du M23, HRW pointe explicitement la responsabilité de Kigali. Le rapport s’appuie sur des éléments matériels, des images satellitaires et des entretiens recoupés pour documenter la présence d’officiers et de matériels des Forces rwandaises de défense (RDF) sur les sites concernés. Cette implication, déjà étayée par plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations unies, prend ici une dimension supplémentaire en associant directement les autorités rwandaises à la chaîne de commandement des exactions. La question du soutien étranger à un groupe armé non étatique opérant sur le sol congolais revient ainsi au centre du débat diplomatique régional.
L’enjeu dépasse la seule scène des Grands Lacs. Plusieurs partenaires occidentaux du Rwanda, dont le Royaume-Uni et l’Union européenne, sont sous pression pour réévaluer leurs accords bilatéraux, qu’il s’agisse de migration, de minerais critiques ou de coopération militaire. Le rapport intervient alors que le processus de Luanda, médié par l’Angola, peine à produire des résultats tangibles et que la médiation conjointe portée par Doha tente de relancer un canal politique direct entre Kinshasa et le M23.
Kinshasa également visé pour ses alliances locales
HRW ne se contente pas de cibler le camp adverse. Le gouvernement congolais est lui aussi mis en cause pour son recours à des groupes armés supplétifs, en particulier des factions Wazalendo et certaines composantes des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont les abus contre les populations civiles sont documentés depuis plusieurs années. Cette stratégie d’externalisation de la riposte, adoptée face à des FARDC affaiblies, expose Kinshasa à des accusations symétriques et fragilise sa position dans les enceintes multilatérales.
Pour les chancelleries de la région, la publication intervient à un moment charnière. L’économie minière du Nord-Kivu, en particulier les filières du coltan et de l’étain, reste largement captée par les acteurs armés, ce qui alimente une économie de guerre devenue structurelle. Les recommandations de l’ONG appellent à des sanctions ciblées, à une coopération renforcée avec la Cour pénale internationale et à un mécanisme de vérification indépendant dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Reste à savoir si les capitales concernées accepteront d’en tirer les conséquences. Selon RFI Afrique.
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