Washington expulse des migrants iraniens vers la Centrafrique

Aerial view of Abeid Amani Karume International Airport in Zanzibar, showing parked airplanes and terminal.Photo : Keegan Checks / Pexels

Les États-Unis ont expulsé vers la République centrafricaine un groupe de migrants, parmi lesquels figurent des femmes iraniennes qui bénéficiaient pourtant de mesures de protection en raison des risques de persécution encourus dans leur pays d’origine. Leur arrivée à Bangui, le vendredi 12 juin, s’inscrit dans une politique migratoire américaine de plus en plus tournée vers le recours à des pays tiers pour accueillir des personnes que Washington ne peut ou ne souhaite pas renvoyer dans leur nation d’origine. Le choix de la Centrafrique interroge d’autant plus que le département d’État américain classe lui-même ce territoire parmi les destinations les plus risquées au monde pour ses propres ressortissants.

Un transfert vers un pays jugé à haut risque par Washington

La République centrafricaine figure depuis plusieurs années au niveau d’alerte le plus élevé dans les recommandations de voyage diffusées par les autorités américaines. Insécurité armée persistante dans plusieurs préfectures, présence de groupes rebelles, fragilité des services consulaires et risques d’enlèvement justifient ce classement. Envoyer dans ce contexte des personnes vulnérables, en particulier des femmes ayant fui un régime accusé de persécutions politiques et religieuses, soulève une contradiction frontale entre la doctrine sécuritaire affichée et la pratique migratoire désormais assumée.

Les Iraniennes concernées disposaient initialement d’un statut protecteur sur le sol américain, en lien avec les menaces pesant sur les opposantes au régime de Téhéran. Ce dispositif, hérité d’une longue tradition d’asile politique aux États-Unis, est aujourd’hui largement remis en cause par l’exécutif fédéral, qui multiplie les renvois vers des pays signataires d’accords bilatéraux discrets. Bangui rejoint ainsi une courte liste d’États africains sollicités pour absorber des flux d’expulsion que ni les pays d’origine, ni les voisins immédiats des États-Unis n’acceptent.

La diplomatie centrafricaine face à un dossier sensible

Pour le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra, l’accueil de ces ressortissants étrangers constitue à la fois une opportunité de rapprochement avec Washington et un risque réputationnel notable. Le pays, sorti d’une décennie de conflit interne et toujours dépendant de l’appui sécuritaire de partenaires extérieurs, dispose de capacités limitées en matière d’accueil, d’hébergement et de traitement administratif de migrants venus d’horizons aussi éloignés. La présence de combattants étrangers, l’influence russe via les réseaux issus de l’ancien groupe Wagner et la fragilité des institutions judiciaires compliquent encore la prise en charge.

Les autorités centrafricaines n’ont pas communiqué dans le détail sur les contreparties éventuelles de cette coopération migratoire. Plusieurs précédents observés sur le continent, notamment en Afrique de l’Est, suggèrent que ces accords peuvent inclure des appuis financiers, des facilitations diplomatiques ou des promesses d’investissement. Reste que la transparence de tels arrangements demeure quasi nulle, ce qui alimente la critique des organisations de défense des droits humains.

Un précédent qui questionne le droit international de l’asile

L’expulsion vers un État tiers de personnes initialement protégées contre un renvoi dans leur pays d’origine se heurte au principe de non-refoulement, pilier de la Convention de Genève de 1951. Plusieurs juristes et organisations spécialisées s’inquiètent du contournement de ce socle juridique par le truchement de pays d’accueil supposés sûrs, alors même que la situation sécuritaire centrafricaine est documentée comme dégradée. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a déjà alerté à plusieurs reprises sur les transferts vers des territoires ne disposant pas des garanties procédurales nécessaires.

Pour les Iraniennes concernées, les perspectives concrètes restent floues. Aucune procédure d’asile aboutie en Centrafrique ne saurait être conduite dans des délais raisonnables, et leur sécurité personnelle dépendra largement de la capacité des Nations unies à les prendre en charge. À plus long terme, cette opération pourrait inciter d’autres capitales africaines à reconsidérer leur position face aux sollicitations américaines, dans un contexte où l’instrumentalisation diplomatique des flux migratoires devient un levier assumé. Selon Le Monde Afrique, l’arrivée à Bangui s’est déroulée sans communication officielle préalable des autorités centrafricaines.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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