Mali : 12 civils tués par l’armée et l’Africa Corps près de Tombouctou

Military personnel in full tactical gear prepare for a mission, showcasing advanced equipment and communication devices.Photo : Diego Dias / Pexels

Au moins douze civils ont été tués près de la localité de Tonka, dans la région de Tombouctou, au cours d’une opération menée conjointement par l’armée malienne et des éléments de l’Africa Corps russe. Le bilan, communiqué par plusieurs sources locales et relayé par le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad et du Nord-Mali (CD-DPA), s’inscrit dans une série d’incidents documentés depuis le déploiement des forces russes aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa). Aucune communication officielle n’a été diffusée par l’état-major malien sur cette intervention.

Une opération conjointe FAMa-Africa Corps mise en cause

Selon les éléments rassemblés par les organisations locales, l’opération aurait visé une zone rurale du cercle de Goundam, à l’ouest de Tombouctou, théâtre récurrent d’affrontements entre groupes armés, jihadistes et forces régulières. Les victimes, présentées comme des civils par les sources contactées sur place, auraient été prises pour cible en marge d’une manœuvre antiterroriste. Le CD-DPA, qui documente depuis plusieurs années les exactions visant les populations du nord du Mali, a alerté sur la répétition de tels épisodes dans un espace devenu largement inaccessible aux médias indépendants.

L’Africa Corps, structure héritière du groupe Wagner sous tutelle directe du ministère russe de la Défense, est déployé au Mali depuis le retrait progressif des mercenaires de Wagner amorcé en 2024. Ses effectifs accompagnent les FAMa dans les opérations de ratissage menées dans le centre et le nord du pays, en particulier dans les régions de Mopti, Ségou, Gao, Ménaka et Tombouctou. Bamako présente ce partenariat comme la pierre angulaire de sa stratégie de reconquête territoriale, après la rupture diplomatique consommée avec la France et la fin de la mission onusienne Minusma fin 2023.

Tombouctou, épicentre d’un conflit asymétrique

La région de Tombouctou demeure l’une des plus instables du Sahel. Elle subit la pression du Jama’at Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, dont les blocus économiques ont durablement affecté la circulation des biens et des personnes. La zone de Tonka, située sur les berges du fleuve Niger, sert régulièrement de couloir aux groupes armés et a déjà été le cadre d’opérations contestées par les associations locales. Les habitants se retrouvent pris en étau entre l’emprise des jihadistes et les offensives conduites par les forces conjointes.

Plusieurs rapports publiés ces derniers mois par des ONG internationales et par la division des droits de l’homme du système des Nations unies ont pointé une augmentation des exactions attribuées aux FAMa et à leurs partenaires russes. Le massacre de Moura, en mars 2022, reste la référence la plus documentée, avec plusieurs centaines de morts civils selon les Nations unies. Depuis, des incidents de moindre ampleur mais récurrents alimentent les inquiétudes des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent un climat d’impunité et l’absence quasi systématique d’enquêtes indépendantes.

Un partenariat stratégique sous pression

Pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, la coopération avec Moscou constitue un levier de souveraineté face à un voisinage régional fragilisé et à des partenaires occidentaux jugés indésirables. L’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis 2023, a entériné cette orientation en mutualisant certaines capacités militaires et en sollicitant un appui russe élargi. Les trois États ont également quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) début 2024, accentuant leur repositionnement diplomatique.

Reste que la multiplication des accusations d’exactions fragilise le récit officiel d’une montée en puissance maîtrisée des FAMa. Les bailleurs encore présents, les organisations humanitaires et les chancelleries observent avec attention la capacité des autorités maliennes à concilier impératifs sécuritaires et protection des populations civiles. À Tombouctou comme ailleurs, l’absence de communication officielle sur les opérations contestées nourrit la défiance d’une partie des communautés du nord, déjà marquées par une décennie de conflit. Selon RFI Afrique.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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