Hegseth évoque une possible capture du président cubain par Washington

Elegant office building under a clear blue sky in Washington, D.C.Photo : Quang Vuong / Pexels

La déclaration de Pete Hegseth, chef du Pentagone, marque une escalade verbale rare contre Cuba. Le secrétaire à la Défense des États-Unis a affirmé que l’éventualité d’une opération visant à s’emparer du président cubain Miguel Diaz-Canel n’était pas exclue, ajoutant que la décision relevait du seul Donald Trump. La formule, brève mais lourde de sens, ouvre un front diplomatique nouveau dans les Caraïbes et ravive la mémoire des décennies d’hostilité entre Washington et La Havane.

Une menace assumée contre la présidence cubaine

En liant la perspective d’une capture du chef de l’État cubain à l’arbitrage présidentiel américain, Hegseth franchit un seuil rhétorique inédit depuis la guerre froide. La formulation, présentée comme une hypothèse opérationnelle ouverte, place de facto Diaz-Canel sur la liste des dirigeants étrangers susceptibles d’être visés par une action coercitive directe. Le chef du Pentagone n’a pas précisé le cadre juridique ni le scénario qui justifierait une telle initiative, laissant planer une ambiguïté stratégique délibérée.

Cette posture s’inscrit dans une séquence où l’administration Trump a multiplié les signaux d’intransigeance à l’égard des gouvernements latino-américains qu’elle considère comme hostiles. La Havane, Caracas et Managua figurent depuis plusieurs mois au centre d’un discours sécuritaire qui mêle lutte antidrogue, migration et changement de régime. Le ton employé par Hegseth confirme que le département de la Défense entend peser dans la définition de cette politique hémisphérique.

Un précédent diplomatique lourd pour Washington

Évoquer publiquement l’enlèvement d’un chef d’État en exercice constitue une rupture avec les usages diplomatiques. Le droit international, à travers les conventions de Vienne et la Charte des Nations unies, protège l’inviolabilité des dirigeants étrangers et prohibe le recours à la force contre l’intégrité politique d’un État souverain. Une opération militaire ou de renseignement visant le palais présidentiel cubain exposerait Washington à une condamnation immédiate des organisations régionales, à commencer par la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC).

La référence implicite à l’arrestation de Manuel Noriega au Panama en 1989 affleure dans le commentaire du secrétaire à la Défense. Mais le contexte diffère radicalement. Cuba dispose d’un appareil de sécurité éprouvé, d’un soutien diplomatique russe et chinois renforcé, et d’un réseau d’alliances en Amérique latine qui rendrait toute opération de capture extrêmement coûteuse, militairement comme politiquement. Les capitales du Sud global liraient une telle initiative comme une régression vers la doctrine de l’arrière-cour.

Quelles répercussions pour l’Afrique francophone et le Moyen-Orient

La déclaration de Hegseth dépasse le cadre caribéen. Pour les chancelleries africaines et moyen-orientales, elle constitue un signal sur la doctrine d’usage de la force que l’exécutif américain entend assumer durant ce second mandat de Donald Trump. Plusieurs dirigeants visés par des sanctions ou des enquêtes internationales pourraient y voir la confirmation d’un risque accru de personnalisation des conflits diplomatiques. La frontière entre pression économique, mandat judiciaire et action militaire directe devient plus poreuse.

Cuba entretient par ailleurs des coopérations médicales et éducatives anciennes avec plusieurs pays africains, de l’Angola à l’Algérie. Une crise aiguë autour de la présidence cubaine perturberait ces réseaux, notamment les brigades médicales déployées dans une quinzaine d’États du continent. Au Moyen-Orient, la posture des dirigeants américains sur le respect de la souveraineté des chefs d’État sera scrutée à l’aune de dossiers sensibles comme l’Iran, le Yémen ou la Syrie.

Reste l’inconnue Trump. Le président américain, qui conserve la décision selon les mots mêmes de son secrétaire à la Défense, a multiplié les annonces tonitruantes suivies de retraits négociés. La Havane a, pour l’heure, choisi la fermeté verbale sans engager d’escalade militaire visible. Les semaines qui viennent diront si l’évocation d’une capture présidentielle relève de la menace tactique ou d’une véritable planification opérationnelle. Selon Al Akhbar, c’est bien le chef du Pentagone qui a formulé cette hypothèse, en renvoyant explicitement la décision au président des États-Unis.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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