Abdoulaye Wade, ancien chef de l’État sénégalais et fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS), a marqué le lendemain de son centième anniversaire par une déclaration publique sobre. Celui qui dirigea le Sénégal entre 2000 et 2012 a reconnu sa propre surprise face à cette longévité exceptionnelle, glissant qu’il ne s’attendait pas à atteindre ce cap symbolique mais qu’il demeurait néanmoins présent sur la scène nationale. Cette prise de parole, brève mais lourde de symboles, intervient alors que la classe politique sénégalaise traverse une séquence de recomposition profonde depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024.
Une longévité politique rare en Afrique de l’Ouest
Né en 1926 à Kébémer, Abdoulaye Wade a traversé l’ensemble des grandes séquences de l’histoire contemporaine du Sénégal, de la fin de la période coloniale à l’alternance démocratique de 2000, qu’il incarna après plus de vingt-cinq ans d’opposition. Son parcours fait de lui l’une des dernières grandes figures vivantes de la génération des indépendances africaines, aux côtés de quelques rares contemporains. Le centenaire d’un ancien chef d’État en exercice constitue un événement inhabituel sur le continent, où l’espérance de vie politique excède rarement celle des institutions.
L’homme qui a façonné le libéralisme politique sénégalais conserve, malgré son retrait progressif des affaires courantes, une stature de patriarche au sein de la formation qu’il a fondée en 1974. Le PDS, traversé par des tensions internes liées notamment au positionnement de son fils Karim Wade, demeure un acteur de l’échiquier sénégalais, même si son influence s’est érodée au profit des forces issues du Pastef et de la nouvelle majorité présidentielle.
Un message minimaliste mais politiquement chargé
La formulation employée par l’ancien président, mêlant humilité personnelle et affirmation d’une présence durable, n’est pas anodine. En quelques mots, Abdoulaye Wade rappelle qu’il continue d’exister dans le paysage politique national, alors même que sa génération a cédé la main à des dirigeants de quarante ans son cadet. Bassirou Diomaye Faye, élu à 44 ans, et son Premier ministre Ousmane Sonko, incarnent une rupture générationnelle et idéologique vis-à-vis de l’ère wadienne et de celle de son successeur Macky Sall.
Les célébrations entourant ce centenaire ont mobilisé une partie de la classe politique sénégalaise, témoignant du respect institutionnel qui entoure encore l’ancien chef de l’État, par-delà les clivages partisans. Ce passage symbolique invite à relire l’héritage d’un mandat marqué par de grands chantiers d’infrastructures, l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, l’aéroport international Blaise Diagne ou encore le Monument de la Renaissance africaine, mais aussi par les controverses entourant la tentative de troisième candidature en 2012.
Un héritage politique en débat dans le Sénégal post-2024
L’évocation publique de Wade intervient à un moment où le débat sur la gouvernance économique et démocratique du Sénégal connaît un regain d’intensité. La nouvelle équipe au pouvoir, élue sur une promesse de souveraineté économique et de rupture, multiplie les audits des contrats hérités des deux administrations précédentes, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et des infrastructures. Plusieurs dossiers ouverts sous Wade refont surface dans le débat public.
Pour les libéraux sénégalais, la longévité du fondateur du PDS représente un capital symbolique précieux à l’heure où la formation cherche à se repositionner. Karim Wade, longtemps perçu comme l’héritier politique présumé, peine encore à incarner pleinement cette succession, malgré la levée de plusieurs obstacles judiciaires. Le centenaire offre ainsi une fenêtre médiatique inattendue à un parti qui peine à exister face au tandem Faye-Sonko.
Au-delà de l’anecdote biographique, ces déclarations rappellent la place singulière qu’occupe Abdoulaye Wade dans la mémoire politique ouest-africaine. Figure clivante, stratège tenace, il aura accompagné, contesté ou inspiré la quasi-totalité des transitions démocratiques sénégalaises depuis les années 1970. Selon Dakaractu.
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