La trajectoire budgétaire du ministère gabonais de l’Intérieur connaît un sérieux coup de rabot. Devant la Commission des Finances, du Budget et de la Comptabilité publique de l’Assemblée nationale, Adrien Nguema Mba a été auditionné le 11 juin sur le projet de loi de finances rectificative (PLFR). Au cœur des échanges, une diminution de 86 milliards de FCFA des crédits alloués au département chargé de la sécurité publique, de l’administration territoriale et de la décentralisation. Une révision à la baisse qui suscite l’inquiétude d’une partie des élus.
Un arbitrage budgétaire lourd pour le ministère de l’Intérieur
L’exercice du PLFR consiste à ajuster en cours d’année les prévisions de la loi de finances initiale, en fonction des recettes effectives et des priorités révisées de l’exécutif. Dans le cas gabonais, la révision touche un portefeuille particulièrement sensible. Le ministère de l’Intérieur couvre à la fois la police nationale, la protection civile, le maillage administratif via les gouvernorats et les préfectures, ainsi que la mise en œuvre du chantier de décentralisation engagé par les autorités de la Transition.
La coupe de 86 milliards de FCFA, soit environ 131 millions d’euros, intervient dans un contexte de resserrement des marges de manœuvre budgétaires. Libreville cherche à concilier la consolidation de ses comptes publics avec la préservation des fonctions régaliennes. Reste que les députés membres de la commission n’ont pas caché leurs réserves face à l’ampleur de la révision, redoutant un impact direct sur la chaîne sécuritaire.
Capacités opérationnelles et maillage territorial sous tension
Les interrogations portent en premier lieu sur la capacité des forces de l’ordre à maintenir leur niveau d’intervention. Équipements, carburant, primes opérationnelles, entretien des commissariats et des brigades : autant de lignes budgétaires sensibles à toute compression. La police nationale et les services rattachés dépendent étroitement des dotations annuelles pour assurer la continuité de leurs missions, du contrôle des frontières à la sécurisation des zones urbaines.
Le maillage administratif est également concerné. Les préfectures et sous-préfectures, déjà sous-dotées dans plusieurs provinces de l’intérieur, risquent de pâtir d’une moindre disponibilité de moyens de fonctionnement. Or l’administration territoriale constitue la courroie de transmission entre l’État central et les populations, en particulier dans les zones rurales du Haut-Ogooué, de l’Ogooué-Ivindo ou de la Nyanga. À cela s’ajoute la décentralisation, dossier emblématique porté par les autorités de la Transition, qui nécessite des financements pour accompagner la montée en compétence des collectivités locales.
La défense ministérielle face aux élus
Devant les députés, Adrien Nguema Mba a justifié les arbitrages en cours et tenté de rassurer sur la préservation des priorités opérationnelles. L’exercice est délicat : il s’agit de démontrer que la réduction des crédits n’altérera pas le cœur des missions de sécurité publique, tout en reconnaissant les contraintes macroéconomiques qui pèsent sur l’ensemble des départements ministériels. Le ministre a notamment dû expliquer comment seront hiérarchisées les dépenses incompressibles et celles susceptibles d’être reportées ou redéployées.
L’enjeu dépasse la stricte arithmétique budgétaire. Le Gabon traverse une phase de transition politique qui appelle un État présent sur l’ensemble du territoire, notamment pour préparer les prochaines échéances institutionnelles. Toute fragilisation perçue de la chaîne sécuritaire pourrait alimenter des critiques sur la cohérence entre les ambitions affichées et les moyens réellement déployés. Les députés ont d’ailleurs insisté sur la nécessité d’un suivi rigoureux de l’exécution budgétaire au second semestre, afin de mesurer les effets concrets de la révision.
L’examen du PLFR se poursuit dans les commissions parlementaires avant son adoption en plénière. Les arbitrages retenus donneront une lecture précise des priorités assumées par l’exécutif gabonais pour le reste de l’exercice. Pour le ministère de l’Intérieur, le défi consistera à absorber la coupe sans compromettre la couverture sécuritaire ni le rythme du chantier de décentralisation. Selon Gabon Review, l’audition d’Adrien Nguema Mba s’est déroulée le 11 juin devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale.
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