Joseph Kabila appelle les Congolais à défendre la Constitution

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

L’ancien président congolais Joseph Kabila refait surface dans le débat politique national en exhortant ses compatriotes à protéger l’ordre constitutionnel face au projet de révision défendu par son successeur Félix Tshisekedi. Cette sortie, relayée par la presse de Kinshasa, intervient à un moment charnière, alors que la majorité présidentielle prépare le terrain pour une réforme institutionnelle qui pourrait redessiner les équilibres au sommet de l’État en République démocratique du Congo (RDC).

Joseph Kabila se repositionne en gardien de la Constitution

Resté discret depuis la fin de son mandat en janvier 2019, l’ancien chef de l’État congolais opère un retour calibré sur la scène politique. En se posant en défenseur du texte fondamental, Joseph Kabila reprend pied dans le débat public par la porte la plus mobilisatrice : celle de la légalité républicaine. Son appel à la vigilance citoyenne s’inscrit dans la lignée des prises de position adoptées par plusieurs figures de l’opposition, qui dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir en place.

Le choix du registre n’a rien d’anodin. En République démocratique du Congo, la révision constitutionnelle reste un sujet inflammable, hérité des controverses qui avaient marqué la fin du second mandat de Kabila lui-même, entre 2016 et 2018. En s’érigeant aujourd’hui en garant des règles du jeu, l’ancien président cherche à inverser la perception qui pesait sur sa propre gestion du calendrier électoral à l’époque. Le pari est risqué, mais il vise un électorat lassé par les tensions institutionnelles à répétition.

Le projet de révision de Tshisekedi cristallise les oppositions

Le président Félix Tshisekedi a évoqué ces derniers mois la nécessité de doter le pays d’un cadre constitutionnel mieux adapté aux réalités congolaises. Pour ses partisans, l’argument est technique : la Constitution de 2006, négociée dans le contexte particulier de la sortie de transition, mériterait une mise à jour. Pour ses détracteurs, l’opération masque une volonté de prolongation, voire de reconfiguration du régime au profit du chef de l’État sortant et de son entourage.

C’est précisément sur cette ligne de fracture que se positionne désormais Joseph Kabila. En appelant les Congolais à défendre le texte fondamental, l’ancien président cherche à fédérer au-delà de sa famille politique, le Front commun pour le Congo (FCC). Plusieurs cadres de l’opposition, dont certains proches de Martin Fayulu et de Moïse Katumbi, ont déjà exprimé leur hostilité à toute modification touchant aux dispositions verrouillées de la Constitution, en particulier la limitation des mandats présidentiels.

Vers une recomposition de l’opposition congolaise

La déclaration de Joseph Kabila s’analyse aussi comme un signal envoyé aux forces politiques en quête de leadership. Depuis la défaite du FCC lors des scrutins de 2023, l’opposition congolaise peine à structurer un front uni face à l’Union sacrée de la nation, la coalition qui soutient Félix Tshisekedi. Le retour médiatique de l’ancien chef de l’État pourrait accélérer les manœuvres de regroupement, à condition que les ego et les héritages politiques trouvent un terrain de compromis.

Reste la question du calendrier. Le débat sur la révision constitutionnelle s’inscrit dans un contexte régional volatil, marqué par la persistance des affrontements dans l’est du pays, notamment au Nord-Kivu, et par la pression économique sur les finances publiques. Toute crispation politique supplémentaire à Kinshasa risque d’affaiblir la position du gouvernement sur ces dossiers prioritaires, alors que les bailleurs internationaux observent avec attention la trajectoire institutionnelle de la RDC.

Pour les analystes politiques, l’enjeu dépasse la seule question de la révision. Il s’agit de savoir si la classe politique congolaise saura préserver les acquis institutionnels patiemment construits depuis 2006, ou si le pays s’engagera dans un nouveau cycle de tensions autour de la prolongation du pouvoir. Joseph Kabila, en se replaçant au cœur de ce débat, parie sur la première option pour réhabiliter son propre bilan et préparer l’avenir de son camp.

Concrètement, les prochaines semaines diront si l’appel de l’ex-président trouve un écho dans la rue et dans les états-majors politiques de Kinshasa. Selon RFI Afrique, l’éditorial de la presse congolaise voit dans cette sortie un tournant susceptible de redessiner les contours de l’opposition à Félix Tshisekedi.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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