La coalition C64 fixe ses conditions à un dialogue avec Kinshasa

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

La coalition C64, qui rassemble 64 formations d’opposition en République démocratique du Congo, refuse tout dialogue immédiat avec les autorités de Kinshasa. Ses responsables ont publiquement fixé les termes d’une éventuelle discussion nationale, subordonnant leur participation à des garanties politiques et institutionnelles préalables. Cette prise de position intervient dans un climat de défiance croissante à l’égard du pouvoir en place et sur fond de guerre à l’Est du pays, où la progression du M23 continue d’ébranler la légitimité de l’exécutif.

Le C64 se présente désormais comme l’un des principaux blocs contestataires face au président Félix Tshisekedi. En rassemblant un spectre large de partis, il ambitionne de parler d’une seule voix sur les questions de gouvernance, de sécurité et de processus électoral. Ses porte-parole insistent sur le fait qu’aucune négociation ne saurait s’ouvrir tant que les conditions politiques d’un débat équilibré ne seront pas réunies.

Un préalable politique avant toute négociation avec Kinshasa

Les responsables de la coalition estiment que le cadre proposé jusqu’ici par la présidence ne garantit ni la neutralité des institutions, ni la liberté d’expression des acteurs politiques. Le C64 réclame en particulier des gestes concrets sur le respect des libertés publiques et la fin des poursuites visant certaines figures de l’opposition. Sans ces garanties, un dialogue relèverait, selon eux, d’une opération de communication au bénéfice du pouvoir.

Les cadres de la coalition d’opposition congolaise pointent aussi la question du fichier électoral et de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). La contestation des scrutins de décembre 2023 demeure vive au sein du bloc, plusieurs de ses membres ayant refusé de reconnaître les résultats officiels. Toute discussion nationale devrait, à leurs yeux, inclure une réforme profonde de l’appareil électoral avant même d’aborder les autres dossiers.

Cette posture traduit une évolution notable dans la stratégie de l’opposition congolaise. Longtemps fragmentée, celle-ci tente désormais de coordonner ses initiatives autour d’un socle commun de revendications. Le C64 revendique une représentativité qui déborde les seuls poids lourds traditionnels, avec l’ambition d’incarner une alternative crédible à l’Union sacrée de la nation, la plateforme présidentielle.

Une crise sécuritaire qui rebat les cartes politiques

Le contexte sécuritaire pèse lourdement sur ce bras de fer. Depuis la chute de Goma et de Bukavu au premier trimestre 2025, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) peinent à contenir l’offensive du M23, soutenu selon plusieurs rapports onusiens par le Rwanda. Cette débâcle militaire alimente les critiques contre la gestion présidentielle et offre à l’opposition un terrain politique élargi.

Face à cette situation, plusieurs voix, y compris au sein de la société civile et de l’épiscopat catholique, plaident pour un dialogue national inclusif. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) tentent depuis plusieurs mois de rapprocher les positions, sans percée décisive. Le C64 se pose en interlocuteur incontournable de toute médiation, tout en refusant l’ordre du jour tel qu’esquissé par la présidence.

La coalition met également en avant la question des prisonniers politiques et du sort réservé à certains opposants poursuivis ces derniers mois. Elle réclame la libération de figures détenues ainsi que la levée des restrictions pesant sur les activités partisanes dans plusieurs provinces. Ces exigences, formulées comme des préalables non négociables, dessinent en creux le rapport de force que le bloc entend imposer à Kinshasa.

Un test pour la présidence Tshisekedi

Pour le camp présidentiel, la manœuvre du C64 constitue un défi politique inédit. Répondre favorablement aux conditions posées reviendrait à reconnaître la fragilité du dispositif institutionnel en place. Les ignorer, en revanche, exposerait le pouvoir à un isolement croissant, alors que les partenaires internationaux, notamment l’Union africaine et la Communauté de l’Afrique de l’Est, appellent à une désescalade politique interne parallèlement au processus de Luanda et de Nairobi.

Reste à savoir si la coalition parviendra à préserver son unité sur la durée. Les 64 partis membres présentent des sensibilités et des agendas parfois divergents, et la tentation d’accords bilatéraux avec la présidence pourrait rapidement fissurer l’édifice. Les prochaines semaines diront si le C64 s’impose durablement comme le pivot d’une opposition congolaise renouvelée. Selon PressAfrik, la coalition maintient pour l’heure une ligne ferme sur ses exigences préalables.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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