Liban : Le Caire s’active pour prolonger le mandat du général Aoun

Scenic aerial view of Cairo with the iconic Mosque-Madrassa of Sultan Hassan and city skyline.Photo : Tito Zzzz / Pexels

La question de la prolongation des mandats au sommet de l’appareil sécuritaire libanais s’est invitée cette semaine dans les discussions entre Beyrouth et Le Caire. Selon les informations rapportées par la presse libanaise, des émissaires égyptiens sont intervenus auprès de responsables politiques du pays du Cèdre afin de plaider en faveur d’un maintien en poste du général Elias al-Baysari, directeur de la Sûreté générale, dont le mandat arrive à échéance. Le dossier, hautement sensible, cristallise depuis plusieurs mois les rivalités entre partis libanais et suscite désormais l’attention active des chancelleries régionales.

Une médiation égyptienne discrète mais structurée

Les contacts établis par Le Caire s’inscrivent dans une démarche méthodique. Des responsables du renseignement égyptien auraient sondé plusieurs interlocuteurs libanais, à commencer par la présidence de la République et la présidence du Conseil, pour évaluer les marges de manœuvre juridiques. L’objectif affiché consiste à identifier un mécanisme légal permettant de reconduire le général pour une nouvelle période, sans recourir à un simple décret de prorogation susceptible d’être contesté devant les juridictions administratives libanaises.

Cette recherche d’un habillage juridique n’est pas anodine. Les précédentes prorogations de mandats de hauts responsables sécuritaires, notamment celle qui avait bénéficié à l’ancien directeur Abbas Ibrahim, avaient nourri des controverses constitutionnelles récurrentes. Le Caire, qui entretient des relations opérationnelles étroites avec la Sûreté générale libanaise sur les dossiers palestinien, syrien et migratoire, entend éviter toute rupture de continuité dans une institution jugée essentielle à la stabilité intérieure.

Un enjeu de continuité pour les services libanais

La Sûreté générale, l’un des quatre principaux services de sécurité du Liban, occupe une place particulière dans l’architecture institutionnelle du pays. Elle supervise notamment les frontières, la délivrance des documents de voyage, la gestion des dossiers des réfugiés et une part significative des relations avec les factions palestiniennes présentes sur le territoire libanais. Son directeur dispose traditionnellement d’un canal direct avec les services de renseignement régionaux, en particulier égyptiens et jordaniens.

Dans le contexte actuel, marqué par la reconfiguration sécuritaire du Sud-Liban après les affrontements avec Israël, par la transition syrienne et par la pression maintenue sur le dossier du retour des déplacés, la vacance ou l’instabilité à la tête de cette institution serait perçue comme un risque. Les partenaires arabes du Liban, Égypte en tête, semblent privilégier une solution garantissant la préservation des canaux existants, quitte à s’immiscer dans un débat purement libanais.

Un équilibre politique interne fragile

La démarche égyptienne intervient dans un paysage libanais fracturé. Le président Joseph Aoun et le chef du gouvernement Nawaf Salam, tous deux issus d’une séquence de renouvellement institutionnel, affichent officiellement leur attachement à une gestion transparente des nominations sécuritaires. Plusieurs formations politiques, dont certaines composantes de la nouvelle majorité, plaident pour la désignation de nouveaux titulaires plutôt que pour des prorogations perçues comme un contournement de la logique de rotation.

Reste que les rapports de force au sein du cabinet et l’absence d’accord sur les profils de successeurs poussent une partie de la classe dirigeante à envisager des formules transitoires. Une prorogation encadrée par une base légale renforcée, voire par une loi votée au Parlement, pourrait constituer le compromis recherché. Cette option présenterait toutefois un coût politique élevé pour les acteurs qui s’étaient engagés à rompre avec les pratiques passées.

Par ailleurs, l’implication du Caire illustre la manière dont les capitales arabes réinvestissent la scène libanaise après une phase de retrait relatif. L’Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte multiplient depuis plusieurs mois les initiatives, chacune ciblant des segments spécifiques du dispositif institutionnel ou sécuritaire. Le dossier de la Sûreté générale s’ajoute ainsi à une liste de sujets sur lesquels Beyrouth se trouve sollicitée simultanément par plusieurs partenaires, contrainte d’arbitrer entre exigences internes et attentes régionales.

Concrètement, la décision finale reviendra au Conseil des ministres, éventuellement précédée d’un passage devant le Parlement si la voie législative était retenue. Les prochaines semaines détermineront si la médiation égyptienne aura suffi à faire émerger un consensus, ou si le dossier viendra grossir la liste des blocages institutionnels libanais. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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