Côte d’Ivoire-Chine : les échanges atteignent 7,42 milliards de dollars

A view of large cranes and cargo containers at the busy Abidjan Terminal port.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

Le commerce entre la Côte d’Ivoire et la Chine a connu une accélération marquée en 2025, avec un volume d’échanges bilatéraux avoisinant 7,42 milliards de dollars. Ce niveau, sans précédent, traduit l’intensification d’une relation économique désormais structurante pour Abidjan, à la fois débouché commercial et principal partenaire technologique dans plusieurs chantiers d’infrastructures. La progression illustre également la profondeur de l’ancrage chinois en Afrique de l’Ouest, où Pékin poursuit méthodiquement sa stratégie d’influence par le commerce et l’investissement.

Un partenariat commercial en accélération constante

La dynamique observée en 2025 s’inscrit dans une trajectoire pluriannuelle. Depuis une décennie, la Chine s’est imposée parmi les premiers partenaires commerciaux de la première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les 7,42 milliards de dollars d’échanges consolident cette position et rapprochent Pékin des positions historiquement occupées par l’Union européenne et la France dans le commerce extérieur ivoirien.

Cette progression repose sur plusieurs moteurs. D’un côté, la demande chinoise en matières premières agricoles et minières, notamment le cacao, le caoutchouc naturel, la noix de cajou et certains produits pétroliers, alimente les exportations ivoiriennes. De l’autre, les importations en provenance de Chine couvrent un spectre large, allant des équipements industriels aux biens de consommation manufacturés, en passant par les matériaux de construction, les téléphones portables et les composants technologiques essentiels aux grands projets d’infrastructures.

Une balance déséquilibrée au bénéfice de Pékin

Reste que la structure des échanges demeure profondément asymétrique. Comme dans la plupart des relations sino-africaines, la Côte d’Ivoire exporte principalement des matières premières peu transformées et importe des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée. Ce schéma classique alimente un déficit commercial récurrent en défaveur d’Abidjan, dont les autorités cherchent, depuis plusieurs années, à rééquilibrer le rapport par une montée en gamme des exportations et une politique de transformation locale, notamment sur la filière cacao.

La question de la souveraineté économique se pose avec d’autant plus d’acuité que la présence chinoise ne se limite pas au commerce de marchandises. Les entreprises publiques et privées chinoises interviennent massivement dans la construction d’infrastructures stratégiques, du barrage de Soubré aux extensions du port d’Abidjan, en passant par des projets routiers, hospitaliers et énergétiques financés par des prêts concessionnels. Cette imbrication du commerce, du financement et de l’exécution nourrit une dépendance multidimensionnelle que les autorités ivoiriennes s’efforcent d’encadrer.

Enjeux stratégiques pour Abidjan

Pour le gouvernement ivoirien, la relation avec Pékin représente un levier de développement précieux, mais également un défi de gouvernance. La diversification des partenaires reste un objectif affiché, alors que Washington, Bruxelles, Ankara, Rabat et les capitales du Golfe multiplient les offensives économiques sur le sol ivoirien. Concrètement, la Côte d’Ivoire s’efforce de mettre en concurrence ses partenaires tout en évitant les surenchères diplomatiques susceptibles de fragiliser des projets en cours.

Par ailleurs, la question des transferts technologiques et de l’emploi local reste centrale. Les autorités d’Abidjan insistent régulièrement, dans les négociations avec Pékin, sur la nécessité d’inclure des clauses de sous-traitance nationale et de formation dans les grands contrats. L’objectif est double : maximiser les retombées locales et bâtir un tissu industriel capable, à terme, de réduire la dépendance aux importations manufacturières chinoises.

Le franchissement de la barre symbolique des 7 milliards de dollars intervient dans un contexte régional où plusieurs pays ouest-africains redéfinissent leurs relations avec les puissances extérieures. Alors que le Sahel bascule vers des partenariats avec Moscou, Ankara et certaines monarchies du Golfe, Abidjan mise sur une diplomatie économique pragmatique, articulée autour de partenariats multiples. La consolidation du lien avec Pékin en 2025 en est l’une des expressions les plus visibles, mais elle appelle une vigilance renforcée sur la soutenabilité de la dette et la structure des échanges. Selon Financial Afrik.

Pour aller plus loin

Les exportations du Sénégal bondissent de 48,5 % grâce au pétrole · L’UEMOA renoue avec l’excédent commercial en 2025, une première depuis 2011 · Cameroun : les exportations chutent de 23,6 % au premier trimestre 2026

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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