Sénégal : Thierno Alassane Sall accuse Pastef de duplicité sur l’ASER

Circular seating of the Dutch Parliament in Den Haag, Nederland.Photo : Jan van der Wolf / Pexels

Le dossier opposant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) à la société espagnole AEE Power revient au centre du débat politique à Dakar. Thierno Alassane Sall, président de La République des valeurs et député à l’Assemblée nationale, accuse le parti au pouvoir, Pastef, de tenir un double discours sur ce contrat d’électrification rurale devenu emblématique des tensions entre l’exécutif sénégalais et une partie de la classe politique. L’ancien ministre de l’Énergie parle ouvertement de duplicité, un mot rare dans le registre parlementaire local.

Un contrat d’électrification rurale devenu affaire d’État

Le marché liant l’ASER à AEE Power porte sur un vaste programme d’électrification de villages sénégalais, censé raccorder plusieurs milliers de localités au réseau national. Depuis plusieurs mois, la nature exacte de l’exécution, les décaissements effectués et les livraisons réelles font l’objet de contestations publiques. Le contentieux a pris une dimension politique lorsque des cadres de Pastef, avant leur accession au pouvoir, avaient présenté ce dossier comme un cas d’école de mauvaise gouvernance imputable à l’ancien régime.

Une fois installés aux responsabilités, ces mêmes acteurs se retrouvent en position de gérer l’héritage contractuel et d’assumer les engagements de l’État sénégalais vis-à-vis du partenaire espagnol. C’est précisément ce basculement que Thierno Alassane Sall entend souligner. Selon lui, la ligne défendue par la majorité aujourd’hui contredit les positions exprimées durant la campagne électorale et les premières semaines de l’alternance.

La charge de Thierno Alassane Sall contre Pastef

Figure connue pour son intransigeance sur les questions énergétiques, l’ancien ministre estime que le parti dirigé par Ousmane Sonko et porté par le président Bassirou Diomaye Faye ne peut plus se retrancher derrière la posture d’opposant. Il pointe une contradiction entre les promesses d’audit systématique des contrats jugés opaques et la prudence adoptée face à AEE Power. Le député évoque un traitement à géométrie variable des dossiers hérités, susceptible d’affaiblir la crédibilité du discours de rupture porté depuis mars 2024.

Thierno Alassane Sall met également en cause la communication institutionnelle autour du contentieux. Les zones d’ombre entretenues, selon lui, sur le calendrier de résiliation éventuelle, sur les pénalités encourues et sur l’état des paiements déjà effectués nourrissent les soupçons. L’opposant réclame une clarification devant la représentation nationale, arguant que l’Assemblée demeure l’instance légitime pour trancher un différend qui engage l’argent public et la signature de l’État sénégalais à l’international.

Un enjeu de souveraineté et de crédibilité contractuelle

Au-delà de la joute politique, le dossier ASER/AEE Power soulève des questions structurelles pour le secteur énergétique sénégalais. L’électrification rurale constitue un chantier prioritaire, chiffré en dizaines de milliards de francs CFA, indispensable pour réduire les inégalités territoriales d’accès à l’électricité. Toute rupture brutale de contrat expose l’État à des procédures d’arbitrage international coûteuses, à l’image d’autres dossiers extractifs traités devant le Cirdi ces dernières années.

Pour les partenaires techniques et financiers qui suivent la trajectoire du pays, la manière dont les nouvelles autorités gèreront ce contentieux servira de test. Un règlement transparent renforcerait la signature souveraine du Sénégal auprès des bailleurs et des entreprises étrangères. Une gestion perçue comme politique, à l’inverse, pourrait renchérir le coût des futurs financements et compliquer l’attractivité des marchés publics de l’énergie.

La sortie de Thierno Alassane Sall intervient dans un contexte où l’exécutif défend une stratégie de reddition des comptes ciblant les responsables de l’ancienne majorité. En pointant les contradictions supposées de Pastef sur AEE Power, l’ancien ministre déplace le curseur du débat vers les pratiques actuelles du pouvoir. La suite dépendra des documents que la commission compétente de l’Assemblée nationale acceptera de rendre publics et des positions officielles de l’ASER dans les prochaines semaines. Selon Seneweb, le député maintient sa demande de transparence intégrale sur ce dossier sensible.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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