Liban-Israël : accord sur les pays chargés de vérifier le désarmement du Hezbollah

Aerial shot capturing a barren landscape with a lush forest cluster surrounded by arid terrain.Photo : Anthony Rahayel / Pexels

Le dossier du désarmement du Hezbollah franchit une étape diplomatique inédite. D’après une dépêche de Reuters reprise par le quotidien libanais Al Akhbar, les autorités libanaises et israéliennes ont convergé sur l’identité des pays habilités à déployer des forces chargées de vérifier le retrait des armes du parti chiite au sud du fleuve Litani. L’accord porte sur la mécanique de contrôle, sujet resté jusqu’ici le principal point de blocage entre les deux capitales, six mois après la trêve conclue sous parrainage américain et français.

Un mécanisme de vérification longtemps bloqué

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024, la question du contrôle sur le terrain empoisonne les négociations indirectes. Israël exige des garanties tangibles quant au retrait effectif des combattants et des arsenaux du Hezbollah dans la bande frontalière, tandis que Beyrouth refuse toute présence perçue comme une atteinte à sa souveraineté. La formule retenue, selon Reuters, consiste à désigner un panel restreint d’États tiers dont la neutralité est jugée acceptable par les deux parties.

Cette architecture s’ajoute au dispositif de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), déployée dans le sud depuis 1978, dont les prérogatives se sont révélées insuffisantes pour prévenir la remontée en puissance militaire du parti chiite avant la guerre de 2024. L’idée d’un mécanisme parallèle, à mandat plus intrusif, circulait depuis plusieurs mois dans les chancelleries occidentales. Sa validation de principe par Beyrouth marque un tournant.

Le Hezbollah face à un étau régional

Le mouvement dirigé par Naïm Qassem se trouve dans une position historiquement affaiblie. La séquence militaire ouverte en septembre 2024, marquée par l’élimination de Hassan Nasrallah et de la majeure partie de l’état-major, a considérablement réduit la capacité de dissuasion de l’organisation. La chute du régime de Bachar el-Assad à Damas, en décembre 2024, a par ailleurs coupé la principale voie d’approvisionnement terrestre en provenance d’Iran, achevant d’isoler la formation chiite sur son bastion libanais.

Dans ce contexte, l’exécutif libanais dirigé par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam pousse pour un règlement rapide, condition posée par les bailleurs internationaux à toute reconstruction. Le pays du Cèdre, exsangue économiquement, a besoin d’un déblocage des aides du Fonds monétaire international (FMI) et des monarchies du Golfe, lesquelles conditionnent toute contribution à la restauration du monopole étatique sur les armes.

Une équation diplomatique à haut risque

Le choix des États vérificateurs relève d’un équilibre subtil. Toute présence occidentale trop visible serait dénoncée par les partisans du Hezbollah comme une occupation déguisée, tandis qu’une composition perçue comme trop proche de Téhéran serait rejetée par Israël. Les noms précis des pays retenus n’ont pas été divulgués publiquement, mais des sources diplomatiques citées par Reuters évoquent une combinaison mêlant partenaires européens, États arabes modérés et acteurs asiatiques neutres, pouvant inclure l’Égypte, la Jordanie ou certains membres du Conseil de coopération du Golfe.

Reste la question de la mise en œuvre. Le désarmement effectif suppose non seulement une identification des sites d’entreposage, mais aussi une coopération active du parti chiite, encore réticent à céder son arsenal stratégique. Les autorités libanaises tablent sur une approche graduelle, avec des zones tampons progressivement étendues vers le nord, jusqu’à couvrir l’ensemble du territoire national. Un calendrier que Tel-Aviv juge encore trop lâche.

Pour Washington, principal artisan de la médiation avec Paris, l’accord sur les vérificateurs constitue une victoire diplomatique dans une région où les percées sont rares. L’administration américaine espère capitaliser sur cette dynamique pour relancer les discussions parallèles sur le tracé frontalier terrestre, dossier qui empoisonne les relations libano-israéliennes depuis des décennies. Selon Al Akhbar, citant Reuters, les prochaines semaines seront décisives pour transformer cet accord de principe en dispositif opérationnel.

Pour aller plus loin

Détroit d’Ormuz : Mascate transmet à Washington un projet d’accord · Téhéran et Mascate négocient des couloirs sûrs dans le détroit d’Ormuz · Gaza : les médiateurs pointent les violations israéliennes du cessez-le-feu

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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