Israël : un sondage donne Eisenkot devant Netanyahu

View of Jerusalem streets with historic buildings and palm trees under a clear blue sky.Photo : George 🦅 / Pexels

Le paysage politique israélien enregistre une nouvelle secousse. Selon un sondage d’opinion diffusé cette semaine, la coalition menée par le Premier ministre Benyamin Netanyahu continue de perdre du terrain, tandis que l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot s’impose comme la figure la plus compétitive face au chef du Likoud. L’enquête, largement commentée par la presse arabe et israélienne, souligne un basculement progressif des équilibres à l’approche d’échéances électorales dont le calendrier reste incertain.

Le bloc Netanyahu poursuit son recul dans les intentions de vote

Les résultats indiquent que la coalition sortante, composée du Likoud et de ses alliés ultra-orthodoxes et nationalistes-religieux, ne serait plus en mesure de reconstituer une majorité à la Knesset si des élections se tenaient aujourd’hui. Ce reflux s’inscrit dans la continuité de plusieurs enquêtes publiées ces derniers mois, qui documentent une usure de la base électorale du Premier ministre. La guerre à Gaza, les tensions sur le front nord et le débat récurrent sur la commission d’enquête relative au 7 octobre pèsent sur l’image de l’exécutif.

Le Likoud demeure la première formation en nombre de sièges projetés, mais son avance ne suffit plus à compenser l’affaiblissement de ses partenaires de coalition. Plusieurs petits partis de la droite religieuse évoluent autour du seuil d’éligibilité, ce qui accentue la volatilité du bloc gouvernemental. À l’inverse, les formations d’opposition consolident leurs positions, portées par une demande d’alternance qui traverse une partie de l’électorat de centre-droit.

Eisenkot, figure sécuritaire, devance Netanyahu

Le fait saillant du sondage concerne Gadi Eisenkot. L’ancien chef d’état-major de Tsahal, brièvement entré au cabinet de guerre après le 7 octobre 2023 avant de le quitter en juin 2024, apparaît en tête lorsque les personnes interrogées sont invitées à désigner le candidat le mieux adapté au poste de Premier ministre. Cette avance sur Benyamin Netanyahu marque une inflexion : jusqu’ici, le chef du Likoud dominait presque systématiquement ce type d’indicateur, quelle que soit la baisse de sa coalition en sièges.

La trajectoire d’Eisenkot illustre le poids croissant des figures issues de l’appareil sécuritaire dans le débat public israélien. Ancien membre du parti Unité nationale de Benny Gantz, il a pris ses distances avec cette formation, ouvrant la voie à un possible véhicule politique autonome ou à un nouvel attelage centriste. Son profil, associé à l’expérience militaire et à une posture de rupture assumée avec le gouvernement sortant sur la conduite de la guerre, séduit une partie de l’électorat modéré et de l’ancien centre-droit sécuritaire.

Une recomposition sous contrainte sécuritaire

Ces chiffres ne constituent pas une prédiction, mais un instantané. Le calendrier électoral officiel prévoit un scrutin en 2026, et Benyamin Netanyahu a jusqu’ici résisté à toutes les demandes d’élections anticipées formulées par l’opposition et par une partie de la société civile. La coalition dispose encore des marges parlementaires nécessaires pour tenir, à condition que ses composantes ultra-orthodoxes ne rompent pas sur les dossiers de la conscription et du budget.

Pour les capitales arabes et les partenaires occidentaux, ces mouvements d’opinion sont scrutés avec attention. Un affaiblissement durable du Premier ministre sortant pourrait rebattre les cartes sur plusieurs dossiers stratégiques : négociations sur les otages à Gaza, gestion du front libanais, dialogue avec Riyad autour d’une éventuelle normalisation, et positionnement face à l’administration américaine. L’émergence d’un candidat comme Eisenkot, réputé pragmatique sur le plan opérationnel, alimente les spéculations sur une possible réorientation de la doctrine sécuritaire.

Reste que la volatilité politique israélienne appelle à la prudence. Les enquêtes successives ont, à plusieurs reprises depuis 2019, annoncé la fin de l’ère Netanyahu sans que celle-ci se matérialise dans les urnes. Le Premier ministre conserve un socle militant fidèle et une capacité de mobilisation éprouvée. La consolidation d’une alternative crédible, structurée autour d’Eisenkot ou d’un pôle centriste élargi, demeure la condition d’un basculement effectif. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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