Gaza : les négociations calent, Israël intensifie ses frappes régionales

A woman in Gaza washes clothes amidst the rubble, highlighting resilience and survival.Photo : Hosny salah / Pexels

Les pourparlers indirects entre Israël et le Hamas traversent une nouvelle zone de turbulences. Selon le récapitulatif hebdomadaire publié par le quotidien libanais Al Akhbar, la médiation menée depuis Doha et Le Caire s’enlise, tandis que l’armée israélienne accentue simultanément ses opérations à Gaza et multiplie les frappes au Liban sud. Ce double mouvement, diplomatique et militaire, redessine les équilibres régionaux à un moment où Washington peine à imposer un calendrier de désescalade.

Un cycle de médiation à bout de souffle

Les négociations sur un cessez-le-feu élargi et sur la libération des otages détenus dans la bande de Gaza se heurtent à des divergences de fond. Selon la lecture faite par Al Akhbar, le cabinet israélien conditionne toute trêve prolongée au maintien d’un contrôle sécuritaire sur des couloirs stratégiques de l’enclave, ce que le mouvement palestinien refuse. Les émissaires qataris et égyptiens, épaulés par la Turquie, tentent de sauver la séquence en fractionnant les dossiers, sans parvenir à obtenir un engagement écrit des deux parties.

Cette panne intervient alors que l’administration américaine avait laissé entendre, quelques semaines plus tôt, qu’un accord d’étape était à portée de main. Le déplacement de responsables sécuritaires israéliens à Washington n’a pas suffi à débloquer le volet le plus sensible, celui du retrait des troupes. Pour les capitales arabes concernées, l’incapacité à sceller un compromis nourrit un scepticisme croissant quant à la volonté réelle du gouvernement Netanyahou de refermer le chapitre militaire.

Escalade israélienne sur plusieurs fronts

Parallèlement à cette impasse, les opérations militaires s’intensifient. Le quotidien libanais rapporte une reprise des bombardements sur plusieurs quartiers de Gaza, avec des pertes civiles significatives et la destruction d’infrastructures déjà exsangues. Les équipes humanitaires présentes sur place signalent des difficultés inédites d’accès, notamment dans le nord de l’enclave, où l’acheminement de l’aide reste tributaire d’autorisations révocables à tout moment.

Au Liban, la trêve conclue en novembre dernier n’a pas empêché de nouvelles frappes ciblées, présentées par Tel-Aviv comme des mesures préventives contre le Hezbollah. Ces opérations visent principalement le sud du pays et la Bekaa, provoquant la colère d’un gouvernement libanais fragilisé et incapable de faire respecter l’accord dans sa lettre. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) documente une hausse continue des violations, sans que ses rapports ne débouchent sur des mesures coercitives.

La Syrie n’échappe pas à cette dynamique. Al Akhbar évoque plusieurs raids attribués à l’aviation israélienne contre des positions situées dans le sud du pays, dans un contexte de recomposition post-Assad où Damas peine à formuler une réponse politique cohérente. Les autorités de transition, préoccupées par la reconstruction et par la pression des sanctions occidentales, restreignent leurs déclarations à des condamnations formelles.

Une région suspendue aux arbitrages américains

Sur le plan diplomatique, la séquence se joue en grande partie à Washington. L’entourage du président américain multiplie les signaux contradictoires, alternant appels à la retenue et livraisons d’armements. Les monarchies du Golfe, engagées dans des projets d’investissement d’ampleur avec l’administration en place, cherchent à monnayer leur influence pour peser sur le dossier palestinien, sans obtenir pour l’instant d’inflexion notable.

Pour les chancelleries arabes, l’enjeu dépasse la seule question de Gaza. Le blocage des négociations fragilise le projet, régulièrement évoqué depuis 2024, d’une architecture régionale intégrant à terme une normalisation saoudo-israélienne conditionnée à un horizon politique palestinien. Chaque semaine de guerre supplémentaire éloigne cette perspective et renforce les acteurs les plus hostiles à toute reconnaissance.

Reste la question humanitaire. Les agences onusiennes estiment qu’une partie substantielle de la population gazaouie dépend désormais exclusivement de l’aide extérieure pour se nourrir, alors même que les points de passage fonctionnent en régime dégradé. Les capitales européennes, longtemps discrètes, commencent à durcir le ton, à l’image de plusieurs déclarations formulées à Paris, Madrid et Dublin ces derniers jours. Selon Al Akhbar, cette semaine confirme donc une tendance de fond, celle d’un conflit qui s’installe dans la durée, en dépit des efforts de médiation.

Pour aller plus loin

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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