La tragédie de Zamboyé, dans le nord-ouest de la Centrafrique, rappelle brutalement les risques structurels qui pèsent sur l’exploitation aurifère artisanale en Afrique centrale. L’effondrement d’un site minier a coûté la vie à au moins cent personnes, selon un bilan provisoire encore susceptible d’évoluer. L’accident illustre une nouvelle fois la vulnérabilité des chantiers informels, où affluent chaque année des milliers de creuseurs attirés par la ruée sur l’or dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde.
Un effondrement meurtrier dans un chantier aurifère informel
Le drame s’est produit sur un site d’orpaillage situé dans la préfecture de la Nana-Mambéré, région frontalière du Cameroun connue pour ses gisements alluviaux. Les galeries creusées à la main, sans étayage ni contrôle géotechnique, se sont affaissées sur les mineurs présents au fond des puits. Les secours, essentiellement improvisés par les communautés locales, ont extrait des corps pendant plusieurs heures avant que les autorités préfectorales ne puissent se rendre sur place.
Le bilan de cent victimes, avancé par des sources locales, pourrait s’alourdir compte tenu du nombre indéterminé de personnes encore ensevelies. L’éloignement du site, la faiblesse des infrastructures routières et l’absence de matériel de désincarcération compliquent la remontée des dépouilles. Aucun dispositif public d’intervention rapide n’existe pour ce type d’accident, pourtant récurrent dans les zones d’orpaillage centrafricaines.
L’orpaillage artisanal, pilier fragile de l’économie centrafricaine
La République centrafricaine tire une part significative de ses recettes d’exportation de l’or et du diamant, avec un secteur minier dominé par l’artisanat. Selon les données du ministère des Mines, plusieurs dizaines de milliers de personnes vivent directement de l’orpaillage, souvent dans des conditions échappant à toute régulation. Les circuits de commercialisation, largement informels, alimentent une contrebande transfrontalière difficile à quantifier vers le Cameroun, le Tchad et le Soudan.
La reprise en main du secteur figure parmi les priorités affichées par Bangui depuis plusieurs années, sans que les résultats ne suivent. Le retrait progressif de la mission russe Wagner de certaines zones minières, la présence de groupes armés dans le nord et l’ouest, ainsi que la faiblesse de l’administration territoriale entravent toute politique de formalisation. Les creuseurs, faute d’alternative, continuent d’exploiter à leurs risques des puits pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur.
Cette catastrophe survient alors que le cours mondial de l’or bat des records, dépassant les 2 700 dollars l’once en 2024. La flambée aiguise l’attractivité de sites comme Zamboyé et attire une main-d’œuvre toujours plus nombreuse, parfois composée de migrants venus des pays voisins. Concrètement, plus le métal jaune se valorise sur les marchés internationaux, plus les creuseurs prennent de risques pour accéder aux filons profonds.
Une régulation minière défaillante face à des drames récurrents
Les effondrements meurtriers ne sont pas une nouveauté en Centrafrique. Plusieurs accidents comparables ont endeuillé les préfectures de la Ouham, de la Haute-Kotto et de la Mambéré-Kadéï au cours de la dernière décennie, sans que les bilans officiels ne soient toujours établis. Les autorités reconnaissent régulièrement l’absence de cartographie précise des sites en activité et le manque cruel d’inspecteurs miniers déployés sur le terrain.
Bangui a signé le processus de Kimberley pour le diamant et adhéré à plusieurs initiatives régionales de traçabilité. Reste que l’application demeure théorique dans les régions enclavées, où l’État peine à faire respecter les codes miniers. La question de la responsabilité juridique en cas d’accident sur un site non déclaré n’est, à ce jour, pas tranchée, laissant les familles de victimes sans recours.
Par ailleurs, la pression internationale pour un approvisionnement responsable en minerais s’intensifie, notamment sous l’effet des réglementations européennes sur les chaînes d’approvisionnement. Les grandes places de négoce demandent des garanties sur l’origine du métal, une exigence à laquelle la production centrafricaine peine à répondre. Le drame de Zamboyé pourrait relancer le débat sur la mise en place d’un cadastre minier fiable et sur le financement d’équipements de sécurité pour les coopératives artisanales.
À court terme, les autorités centrafricaines devront rendre compte de la gestion de cette catastrophe, alors que le pays s’achemine vers de nouvelles échéances électorales et cherche à consolider son image auprès des bailleurs. Selon Info241, le bilan provisoire de cent morts reste susceptible d’être révisé à la hausse dans les prochains jours.
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