Human Rights Watch (HRW) accuse les paramilitaires russes d’Africa Corps d’avoir exécuté neuf civils dans la région de Mopti, au centre du Mali. L’organisation, dont le siège se trouve à New York, rend publics ces faits alors que la présence des forces russes aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa) s’inscrit désormais dans la durée. Ces accusations relancent le débat sur les modalités opérationnelles de la coopération sécuritaire nouée entre Bamako et Moscou depuis le départ de Barkhane.
Un dossier qui vise directement Africa Corps
Africa Corps est la structure ayant succédé au groupe Wagner sur plusieurs théâtres africains après la mort d’Evguéni Prigojine, avec un pilotage plus étroit du ministère russe de la Défense. Son déploiement au Sahel s’est accéléré courant 2024, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, trois États réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). La documentation présentée par HRW cible spécifiquement ces combattants, distincts formellement des soldats maliens, même si les opérations se déroulent conjointement.
Le centre du Mali reste l’un des foyers les plus instables du pays. Les régions de Mopti et de Ségou concentrent depuis plusieurs années les affrontements entre l’armée, les groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique via le Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), et des milices d’autodéfense communautaires. Les populations peules, en particulier, se trouvent régulièrement prises en étau, accusées de connivence avec les jihadistes puis ciblées lors d’opérations de ratissage.
Une méthode déjà dénoncée par les ONG
Ce n’est pas la première fois que Human Rights Watch documente des exactions imputées conjointement aux forces maliennes et à leurs partenaires russes. L’ONG avait déjà mis en cause les combattants de Wagner dans le massacre de Moura, en mars 2022, où plusieurs centaines de civils avaient été tués sur cinq jours. Depuis, chaque nouvelle enquête vient nourrir un dossier de plus en plus étayé, malgré les difficultés d’accès au terrain et la fermeture progressive du Mali aux missions internationales indépendantes.
Bamako conteste systématiquement ces conclusions. Les autorités de transition, dirigées par le général Assimi Goïta, dénoncent une entreprise de déstabilisation orchestrée depuis l’étranger et rappellent que l’armée mène des opérations de contre-terrorisme dans un environnement hostile. Le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), achevé fin 2023, a par ailleurs privé les observateurs onusiens de leur capacité d’enquête sur place.
Un partenariat russe qui redessine la sécurité sahélienne
Le recours à Africa Corps traduit un basculement stratégique amorcé depuis 2021. Après la rupture avec la France, puis avec plusieurs partenaires occidentaux, la junte malienne a consolidé son axe avec Moscou. Ce virage s’accompagne de livraisons d’équipements, notamment des hélicoptères d’attaque, et d’un accompagnement opérationnel au sol. Le modèle a été répliqué à Ouagadougou et à Niamey, au point de faire du Sahel central un laboratoire de la projection militaire russe en Afrique subsaharienne.
Reste que les résultats sécuritaires demeurent contrastés. Malgré des opérations offensives revendiquées comme des succès par les états-majors, les groupes armés ont étendu leur emprise sur plusieurs axes stratégiques en 2024 et 2025, y compris à proximité de Bamako. Les attaques contre les convois logistiques, les postes militaires et les localités isolées se sont multipliées, tandis que les allégations d’abus commis lors des ripostes fragilisent le lien entre l’armée et une partie des populations rurales.
Pour les partenaires régionaux, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ces accusations compliquent tout dialogue avec les régimes de l’AES. Les investisseurs miniers présents au Mali, en particulier dans l’or, observent également avec attention l’évolution du contexte sécuritaire, la région de Mopti étant proche de plusieurs corridors économiques vitaux. Selon PressAfrik, HRW appelle les autorités maliennes à ouvrir une enquête indépendante et à rendre des comptes sur les circonstances de la mort de ces neuf civils.
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