Le déplacement du président libanais Joseph Aoun à Rome a mis sur la table un projet d’accord visant l’envoi d’une force européenne dans le Sud-Liban. Selon les informations rapportées par la presse libanaise, la visite officielle a permis d’aborder ce dossier sensible avec les responsables italiens, dans un moment où Beyrouth cherche à consolider un cadre de sécurité durable au-delà de la ligne bleue. Le sujet touche directement à l’équilibre des forces qui prévaut dans la région depuis la trêve conclue entre Israël et le Hezbollah.
Un projet de force européenne aux contours encore flous
Le contenu précis du projet évoqué à Rome n’a pas été rendu public dans le détail, mais l’idée d’un contingent européen déployé au sud du fleuve Litani constitue une inflexion notable. Elle interviendrait en complément, voire en substitution partielle, du dispositif existant assuré par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont le mandat fait régulièrement l’objet de débats au Conseil de sécurité. Rome, contributeur historique de la FINUL avec un contingent significatif au sein de la mission, apparaît comme un interlocuteur naturel pour ce type d’initiative.
La démarche du chef de l’État libanais s’inscrit dans une séquence diplomatique dense. Depuis son élection à la magistrature suprême, Joseph Aoun multiplie les déplacements européens afin de mobiliser des soutiens politiques, financiers et sécuritaires. La reconstruction des zones frappées par les bombardements israéliens, l’assistance à l’armée libanaise et la stabilisation de la frontière méridionale figurent parmi ses priorités affichées. Le volet européen de cette diplomatie prend une importance particulière alors que Washington maintient une pression soutenue sur Beyrouth concernant le désarmement des formations non étatiques.
Rome, pivot européen de la sécurité au Levant
Le choix de l’Italie comme première étape n’est pas anodin. Le pays assume depuis plusieurs années un rôle de premier plan dans le commandement de la FINUL et entretient des relations étroites avec l’armée libanaise, qu’il forme et équipe partiellement. Cette proximité opérationnelle explique pourquoi Rome constitue une porte d’entrée privilégiée pour toute initiative multilatérale visant le Sud-Liban. Les autorités italiennes ont, à plusieurs reprises, plaidé pour un renforcement du cadre international protégeant les zones frontalières.
Reste que la faisabilité politique d’un tel projet dépendra étroitement de la position des autres capitales européennes. Paris, Berlin et Madrid observent avec attention l’évolution du dossier libanais, mais la mobilisation de troupes supplémentaires sur un théâtre exposé aux frappes israéliennes suppose un consensus qui n’est pas acquis. Les États membres restent prudents quant à un engagement militaire dont les règles d’engagement seraient nécessairement plus robustes que celles de la FINUL, elle-même critiquée pour son mandat jugé insuffisamment coercitif.
Une équation régionale sous forte tension
Sur le plan intérieur, l’initiative devra composer avec la sensibilité du Hezbollah, dont la position sur toute présence militaire étrangère au sud du Litani conditionne l’équilibre politique libanais. La formation chiite a historiquement toléré la FINUL dans un cadre précis, mais un dispositif européen aux prérogatives élargies soulèverait des interrogations quant à la souveraineté nationale et à la répartition des rôles avec l’armée régulière. Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée, connaît les lignes rouges de ce dossier.
Du côté israélien, la question du retrait des troupes des positions encore occupées au Sud-Liban demeure ouverte. Tel-Aviv conditionne tout mouvement à des garanties concrètes sur la neutralisation des capacités militaires du Hezbollah au sud du Litani. Une force européenne dotée d’un mandat clair pourrait, dans l’esprit de ses promoteurs, offrir un instrument de vérification acceptable pour l’ensemble des parties. L’hypothèse suppose toutefois que les négociations en cours à Washington et Paris avancent parallèlement.
La visite romaine de Joseph Aoun ouvre ainsi une phase d’exploration diplomatique dont l’issue reste conditionnée à de nombreux paramètres régionaux et internationaux. Le président libanais devrait poursuivre ses consultations dans d’autres capitales européennes afin de bâtir un consensus autour d’un mécanisme sécuritaire renouvelé. Selon Al Akhbar.
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