Syrie : Chaibani anticipe la reprise des pourparlers sécuritaires avec Israël

A bustling street in Old Damascus with flocks of pigeons and historic architecture.Photo : Baraa Obied / Pexels

Le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, a affirmé s’attendre à une reprise imminente des négociations sécuritaires entre Damas et Israël, dans une déclaration qui tranche avec des décennies d’hostilité déclarée entre les deux voisins. Le ministre a précisé que les nouvelles autorités syriennes disaient comprendre les inquiétudes exprimées par Tel-Aviv sur la situation dans le sud du pays, tout en réclamant en retour le respect de la souveraineté syrienne. Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte de mutation rapide de l’échiquier régional, marqué par l’effondrement de l’ancien pouvoir baathiste et l’installation, depuis Damas, d’une équipe issue de la coalition ayant renversé Bachar al-Assad.

Un canal sécuritaire discret déjà entrouvert

Les propos de Chaibani confirment l’existence d’échanges techniques entre les deux capitales, longtemps évoqués sous couvert d’anonymat par différentes chancelleries occidentales. Ces contacts porteraient prioritairement sur la désescalade militaire dans la zone tampon du Golan, sur le sort des positions de l’ancienne armée syrienne ciblées par les frappes israéliennes depuis décembre 2024, et sur le contrôle de la frontière sud. Damas cherche à obtenir un retrait des forces israéliennes déployées au-delà de la ligne de séparation fixée par l’accord de désengagement de 1974, tandis que Tel-Aviv exige des garanties sur la neutralisation d’éventuelles cellules armées hostiles.

Le ton employé par le ministre syrien constitue en soi un fait diplomatique. En affirmant « comprendre » les préoccupations israéliennes, Chaibani rompt avec le lexique habituel de la diplomatie arabe, qui range traditionnellement Israël dans la catégorie de la puissance occupante. Cette formulation, mesurée, ouvre la voie à une négociation pragmatique, sans pour autant préjuger d’une normalisation formelle. Le ministre n’a d’ailleurs évoqué ni traité de paix ni reconnaissance mutuelle, s’en tenant strictement au registre sécuritaire.

Une équation régionale sous tension

La démarche de Damas s’inscrit dans un environnement diplomatique dense. Depuis le début de l’année, l’administration américaine multiplie les signaux d’ouverture envers les nouvelles autorités syriennes, avec une levée partielle des sanctions et la réactivation de canaux consulaires. Washington, allié historique d’Israël, joue un rôle de facilitateur discret dans les échanges entre les deux capitales, aux côtés d’acteurs régionaux comme la Turquie, les Émirats arabes unis et, dans une moindre mesure, l’Arabie saoudite. Chacun de ces intermédiaires poursuit un agenda propre, entre stabilisation du Levant, endiguement de l’influence iranienne et repositionnement économique.

Pour la Syrie post-Assad, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de désamorcer une menace militaire immédiate, alors que l’aviation israélienne a mené des dizaines de frappes sur le territoire syrien depuis un an, visant dépôts d’armes, radars et infrastructures héritées de l’ancien régime. Il s’agit ensuite de restaurer la crédibilité extérieure d’un exécutif encore jeune, qui doit lever les dernières réticences occidentales pour accéder aux financements de reconstruction. Les besoins sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par les institutions internationales.

Un pari politique intérieur risqué

Sur le plan intérieur, l’ouverture affichée par Chaibani n’est pas sans coût politique. Une partie de la base militante ayant soutenu la chute de l’ancien régime demeure hostile à toute forme de dialogue avec Tel-Aviv, tandis que les factions minoritaires, notamment druzes et alaouites, observent avec attention les gestes du nouveau pouvoir en direction d’Israël. La question du Golan occupé, annexé unilatéralement par Israël en 1981, demeure par ailleurs un point non négociable dans le discours officiel syrien, ce qui limite mécaniquement la portée de tout accord global.

Reste que le calendrier semble se resserrer. Plusieurs sources diplomatiques évoquent la possibilité d’une nouvelle session de pourparlers indirects dans les prochaines semaines, sous parrainage américain. L’issue de ces échanges dira si la déclaration de Chaibani constitue un simple ballon d’essai ou l’amorce d’un réagencement durable des équilibres au Levant. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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