Haaretz : Mohammed ben Zayed aurait alerté Netanyahu avant le 7 octobre

Stunning view of the Abu Dhabi skyline reflecting in the calm Gulf waters on a sunny day.Photo : Sergey Guk / Pexels

Le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed Al Nahyane, aurait explicitement mis en garde le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu contre le risque d’une attaque d’envergure du mouvement Hamas, plusieurs mois avant l’offensive du 7 octobre 2023. Cette révélation, attribuée au quotidien israélien Haaretz et reprise par le journal libanais Al Akhbar, alimente une controverse déjà virulente à Tel-Aviv sur la chaîne des responsabilités politiques et sécuritaires. Elle met également en lumière le rôle stratégique joué par Abou Dhabi dans le dispositif régional post-accords d’Abraham.

Un avertissement direct de MBZ à Netanyahu

D’après les éléments rapportés, le dirigeant émirati, communément désigné sous l’acronyme MBZ, aurait transmis à son homologue israélien une évaluation étayée sur les intentions offensives du mouvement islamiste palestinien. Le canal utilisé aurait relevé du dialogue de haut niveau instauré entre les deux capitales depuis la normalisation de leurs relations diplomatiques en septembre 2020. Selon la version publiée, l’avertissement portait sur la probabilité d’une opération de grande ampleur émanant de la bande de Gaza, sans que les délais précis ni les modalités opérationnelles évoquées ne soient détaillés dans la dépêche.

La démarche du président émirati, si elle est confirmée, s’inscrirait dans une logique de préservation des acquis diplomatiques régionaux. Abou Dhabi a bâti sur les accords d’Abraham un partenariat sécuritaire, économique et technologique dense avec Israël. Une déflagration militaire majeure au Levant menaçait mécaniquement cet édifice, comme l’a confirmé la crise diplomatique qui a suivi le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023.

Les défaillances du renseignement israélien à nouveau exposées

La publication du quotidien israélien vient nourrir le dossier, déjà volumineux, des dysfonctionnements imputés à l’appareil sécuritaire de l’État hébreu. Depuis l’attaque qui a fait environ 1 200 morts en Israël selon les autorités israéliennes, plusieurs enquêtes internes ont pointé la sous-estimation des capacités militaires du Hamas ainsi que la mésinterprétation de signaux d’alerte. Les services du Shin Bet et de la direction du renseignement militaire, Aman, sont directement mis en cause.

Le fait qu’un chef d’État étranger, allié récent de surcroît, ait pu formuler une mise en garde relayée au plus haut niveau politique complique la ligne défensive du cabinet Netanyahu. Le Premier ministre a jusqu’ici refusé d’assumer une responsabilité personnelle dans les manquements du 7 octobre, renvoyant l’évaluation à une future commission d’enquête indépendante dont les contours restent contestés au sein de la coalition gouvernementale.

Un ébranlement pour la diplomatie du Golfe

Sur le plan régional, l’affaire pose la question de la profondeur réelle de la coopération sécuritaire entre Israël et les monarchies du Golfe engagées dans le processus de normalisation. Abou Dhabi a maintenu ses représentations diplomatiques avec Tel-Aviv pendant toute la durée du conflit à Gaza, malgré la pression de l’opinion arabe et les massacres documentés dans l’enclave palestinienne. Cette posture, souvent critiquée dans le monde arabe, se trouve ici partiellement recontextualisée par la révélation d’un avertissement préalable qu’Israël n’aurait pas pris en compte.

Reste que l’exercice diplomatique émirati demeure délicat. La monarchie fédérale doit ménager ses intérêts sécuritaires face à l’axe iranien, ses partenariats économiques avec l’appareil militaro-industriel israélien et sa crédibilité auprès des opinions publiques arabes indignées par le sort de Gaza. La divulgation d’un rôle d’alerte préventif pourrait servir cette équation en réhabilitant partiellement l’image d’Abou Dhabi dans le champ arabe.

Aucune réaction officielle du cabinet du Premier ministre israélien ni de la présidence émiratie n’a pour l’heure été rendue publique concernant ces informations. La révélation intervient alors que les négociations sur un cessez-le-feu durable à Gaza et sur le sort des otages continuent de mobiliser les médiateurs qataris, égyptiens et américains. Selon Al Akhbar, citant Haaretz, cette mise en garde s’ajoute à la longue liste des signaux ignorés par le pouvoir israélien avant l’attaque du 7 octobre.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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