Fête nationale du Mali : Assimi Goïta appelle à la réconciliation

Aerial view of wooden boats along the Niger River in Bamako, Mali. Busy riverbank activity.Photo : Fatih Turan / Pexels

Le Mali a marqué, le 22 septembre, le 66e anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Depuis Bamako, le président de la transition Assimi Goïta a saisi cette date symbolique pour tendre la main à l’ensemble des composantes de la société malienne, dans un discours placé sous le signe de la réconciliation nationale. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de dépasser les fractures politiques, communautaires et régionales qui traversent le pays depuis plus d’une décennie.

Un appel à la réconciliation nationale dans un climat tendu

Le message présidentiel s’adresse à la fois aux forces politiques mises à l’écart depuis le second coup d’État de mai 2021, aux mouvements armés du Nord et à la diaspora. Assimi Goïta a présenté cette main tendue comme une condition indispensable à la refondation de l’État malien, chantier revendiqué par les autorités de transition depuis leur accession au pouvoir. L’exécutif entend ainsi renouer avec un discours d’inclusion, après plusieurs mois marqués par la dissolution des partis politiques et le durcissement du cadre institutionnel.

La portée de cet appel reste toutefois suspendue à des gestes concrets. Aucun calendrier électoral précis n’a été réaffirmé lors de la célébration, alors même que la question du retour à un ordre constitutionnel civil demeure au cœur des attentes d’une partie de la classe politique. Les acteurs de l’opposition, dont plusieurs figures se trouvent en exil ou en détention, jugeront la sincérité de la démarche à l’aune des décisions à venir.

Un contexte sécuritaire toujours dégradé

La commémoration intervient dans un climat sécuritaire particulièrement difficile. Les régions du Nord et du Centre restent exposées aux attaques de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, tandis que l’axe reliant Bamako à Kayes a récemment fait l’objet de blocus imposés par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Ces opérations ont perturbé les approvisionnements en carburant et illustré la capacité de nuisance des organisations jihadistes jusqu’aux portes de la capitale.

Dans ce contexte, l’appel à l’unité prend une dimension stratégique. La cohésion interne conditionne l’efficacité de la réponse militaire, portée depuis le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fin 2023 par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires russes. Le pouvoir de transition mise sur la remontée en puissance de l’outil de défense national, tout en cherchant à priver les groupes armés de leur base sociale à travers un discours d’apaisement.

Une souveraineté revendiquée à l’échelle sahélienne

La célébration du 22 septembre s’inscrit également dans le récit souverainiste porté par Bamako depuis la rupture avec Paris et avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formalisé leur retrait de l’organisation ouest-africaine et consolidé l’Alliance des États du Sahel (AES), devenue Confédération en juillet 2024. Assimi Goïta, qui préside cette structure, entend faire de la réconciliation intérieure un socle pour peser sur la scène régionale.

La feuille de route confédérale prévoit une monnaie commune, un passeport biométrique unifié et une force conjointe de plusieurs milliers d’hommes. Ces chantiers exigent une stabilité politique interne que les autorités de Bamako cherchent à consolider. La main tendue lors de la fête nationale participe de cette équation : sans apaisement du champ politique domestique, la crédibilité du projet sahélien s’en trouverait affaiblie.

Reste à observer si les prochaines semaines traduiront ce discours en mesures tangibles, qu’il s’agisse de libérations, de dialogue avec les mouvements signataires de l’accord d’Alger de 2015 ou de clarification du calendrier de transition. La communauté internationale, et en particulier les partenaires ouest-africains, scruteront ces signaux. Selon PressAfrik, le discours présidentiel a été prononcé lors des cérémonies officielles marquant le 66e anniversaire de l’indépendance du Mali.

Pour aller plus loin

Sénégal : le Général Souleymane Kandé nommé à la tête du renseignement extérieur · Cameroun : les agents publics fantômes coûtent 80 millions USD par an · Sénégal : Abdoulaye Fall convoqué par la Sûreté urbaine de Dakar

Actualité africaine

About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Be the first to comment on "Fête nationale du Mali : Assimi Goïta appelle à la réconciliation"

Laisser un commentaire