Ziguinchor : le collectif casamançais renonce à sa marche interdite

A vibrant street mural in Senegal depicting urban life and artistic expression.Photo : Amaury Michaux / Pexels

La marche projetée à Ziguinchor par le collectif « La situation est grave pour la Casamance » n’aura finalement pas lieu. Ses organisateurs ont annoncé se plier à l’arrêté d’interdiction signé par le préfet du département, invoquant leur volonté d’éviter tout affrontement avec les forces de l’ordre. La décision, prise à quelques heures du rassemblement prévu, referme provisoirement une séquence de tension entre autorité administrative et société civile dans le sud du Sénégal.

Le collectif entendait alerter l’opinion nationale sur la dégradation, selon lui, de la situation économique, sécuritaire et sociale en Casamance. Ses porte-parole invoquent notamment l’enclavement persistant de la région, la lenteur du processus de retour des populations déplacées et la fragilité du tissu productif local. Le préfet a motivé son refus par des raisons classiques de trouble à l’ordre public, formule éprouvée dans la doctrine administrative sénégalaise en matière de manifestations.

Ziguinchor, laboratoire des tensions civiques sénégalaises

Depuis plusieurs années, la capitale régionale de la Casamance concentre une part disproportionnée du contentieux politique national. Ancien fief du président Bassirou Diomaye Faye, la ville a été le théâtre de mobilisations récurrentes sous l’ère précédente, souvent réprimées ou encadrées par des interdictions préfectorales. Le paradoxe n’a pas échappé aux observateurs locaux : les mêmes instruments juridiques hérités du régime antérieur continuent d’être mobilisés par la nouvelle administration, alors que la coalition au pouvoir avait fait de l’élargissement des libertés publiques un axe de campagne.

Pour le collectif, la retenue affichée relève d’un calcul politique autant que civique. En choisissant le respect de l’arrêté, ses animateurs privilégient la légitimité de leur cause sur l’épreuve de force. Cette posture leur permet de conserver un capital moral face à un pouvoir central qui n’a, pour l’heure, pas ouvert de canal formel de dialogue avec les acteurs casamançais non partisans.

La question casamançaise entre paix armée et attentes économiques

La Casamance sort progressivement d’un conflit armé de plus de quarante ans, l’un des plus longs du continent, opposant l’État sénégalais au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Les accords de dépôt d’armes signés ces dernières années avec certaines factions ont ouvert une fenêtre de stabilisation, mais la relance économique tarde à se matérialiser. Le désenclavement routier, la sécurisation foncière et le retour des réfugiés installés en Gambie et en Guinée-Bissau figurent parmi les chantiers les plus attendus.

Le collectif à l’origine de la marche s’inscrit dans cette exigence de résultats concrets. Il rassemble des figures de la société civile, des acteurs religieux et des représentants de la diaspora casamançaise. Sa dénomination même, revendiquant la gravité de la situation, traduit une frustration face au décalage perçu entre les promesses de développement et la réalité quotidienne des habitants de Ziguinchor, de Bignona ou d’Oussouye.

Un test pour la doctrine de maintien de l’ordre du nouveau pouvoir

L’épisode illustre les arbitrages délicats auxquels est confronté l’exécutif issu de l’alternance de mars 2024. Sur le plan sécuritaire, l’administration territoriale conserve un pouvoir discrétionnaire hérité de la loi de 1978 sur les réunions publiques, régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits humains. Sur le plan politique, la coalition Pastef, historiquement bien implantée en Casamance, ne peut se permettre d’apparaître sourde aux revendications émanant d’un bastion électoral.

Reste que la démobilisation pacifique du collectif offre une porte de sortie honorable pour l’ensemble des parties. Les autorités préfectorales évitent une confrontation médiatisée à Ziguinchor, tandis que les organisateurs capitalisent sur leur discipline pour légitimer une éventuelle relance de la mobilisation. La suite dépendra de la capacité du gouvernement à transformer cette accalmie en dialogue substantiel sur la trajectoire économique et sociale de la Casamance.

Selon Seneweb, le collectif a confirmé publiquement son intention de se conformer à l’arrêté préfectoral tout en maintenant la vigilance sur ses revendications de fond.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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