Tourisme : la Côte d’Ivoire veut changer de dimension d’ici 2030

Encore largement associée aux voyages d’affaires ou aux séjours familiaux, la Côte d’Ivoire ambitionne désormais de séduire davantage de touristes internationaux. Plages, patrimoine, espaces naturels et culture : le pays dispose de nombreux arguments mais doit encore structurer son offre pour rivaliser avec les grandes destinations africaines.

Lorsqu’il est question de vacances en Afrique, la Côte d’Ivoire ne figure pas encore spontanément parmi les premières destinations citées par les voyageurs européens. Le Maroc, la Tunisie, l’Égypte ou encore le Sénégal occupent une place importante sur le marché francophone, tandis que le Kenya, la Tanzanie ou l’Afrique du Sud bénéficient depuis longtemps d’une forte réputation auprès des amateurs de nature et de safaris.

Abidjan souhaite désormais réduire cet écart. Le développement du tourisme fait partie des leviers envisagés pour diversifier davantage l’économie du pays et créer de nouvelles activités dans différentes régions.

L’ambition est importante : la Côte d’Ivoire souhaite progressivement se rapprocher des principales destinations touristiques du continent et renforcer significativement la contribution du secteur à son économie à l’horizon 2030.

Transformer les visiteurs en véritables touristes

Le défi n’est pas seulement d’attirer davantage d’étrangers. Il s’agit également de modifier la nature des séjours.

Une part importante des Européens qui se rendent actuellement en Côte d’Ivoire voyage pour des raisons professionnelles ou affinitaires, notamment pour retrouver de la famille ou des proches. Le tourisme de loisirs conserve donc une marge de progression considérable.

La France constitue à cet égard un marché particulièrement stratégique. Les liens historiques, économiques et linguistiques entre les deux pays en font une porte d’entrée naturelle pour développer la clientèle européenne.

Pour séduire ces nouveaux voyageurs, le pays doit cependant proposer une expérience touristique suffisamment structurée. Cela passe par le développement de l’offre hôtelière, mais également par les transports, la création de circuits, la formation des professionnels et une meilleure promotion internationale des différents territoires.

L’enjeu consiste surtout à inciter les visiteurs à sortir d’Abidjan et à prolonger leur séjour.

Un littoral encore peu connu des Européens

La Côte d’Ivoire dispose pour cela d’un argument de taille : plusieurs centaines de kilomètres de façade maritime sur le golfe de Guinée.

Assinie constitue aujourd’hui l’une des destinations balnéaires les plus connues du pays. Située à quelques heures d’Abidjan, elle concentre hôtels, résidences et établissements haut de gamme entre lagune et océan.

Mais le potentiel touristique du littoral ne s’arrête pas là.

Grand-Béréby et Sassandra offrent des paysages côtiers beaucoup moins urbanisés, susceptibles de séduire les voyageurs à la recherche de destinations encore relativement préservées. Grand-Bassam présente de son côté l’avantage de pouvoir associer plage et patrimoine.

La Côte d’Ivoire ne dispose pas encore de l’industrie balnéaire développée dans certaines grandes destinations de vacances africaines ou de l’océan Indien. Cette situation peut constituer un handicap en matière de capacité d’accueil, mais également devenir un argument auprès d’une clientèle cherchant des lieux moins standardisés.

Grand-Bassam, Yamoussoukro et le potentiel culturel ivoirien

Le développement touristique pourrait également s’appuyer davantage sur le patrimoine du pays.

Ancienne capitale coloniale, Grand-Bassam est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Son quartier historique conserve notamment des bâtiments témoignant de l’histoire de la ville et de son rôle dans le développement de la Côte d’Ivoire moderne.

À Yamoussoukro, la basilique Notre-Dame-de-la-Paix constitue l’un des monuments les plus spectaculaires du pays. Ses dimensions monumentales en font une curiosité architecturale susceptible de devenir une étape importante des circuits touristiques.

Mais l’offre culturelle ivoirienne dépasse largement ces sites.

La diversité des populations, les traditions locales, les fêtes, la musique, la danse et l’artisanat constituent autant de ressources susceptibles d’intéresser les voyageurs. Dans ce domaine, le principal défi est moins de créer de nouveaux attraits que de rendre ceux qui existent déjà plus facilement accessibles aux visiteurs internationaux.

La nature, autre carte à jouer

La Côte d’Ivoire peut également compter sur plusieurs parcs nationaux et réserves naturelles.

Le pays abrite des écosystèmes très différents, des forêts tropicales du sud aux paysages de savane du nord. Cette diversité offre des possibilités pour la randonnée, l’observation de la faune ou le tourisme écologique.

Sur ce terrain, la concurrence africaine est néanmoins particulièrement forte. Le Kenya, la Tanzanie ou l’Afrique du Sud disposent d’infrastructures touristiques très développées autour de leurs parcs et bénéficient d’une réputation internationale construite depuis plusieurs décennies.

La Côte d’Ivoire pourrait donc chercher à se différencier plutôt qu’à reproduire ces modèles. Des circuits associant nature, villages, patrimoine culturel et littoral pourraient notamment permettre de proposer une expérience différente de celle des destinations traditionnelles de safari.

L’enjeu de la sécurité

Le développement du tourisme dépendra aussi de la perception du pays à l’étranger.

La Côte d’Ivoire a profondément changé depuis les crises politiques et militaires qui ont marqué son histoire récente. Certaines zones continuent néanmoins de faire l’objet d’une vigilance particulière, notamment à proximité des frontières avec le Mali et le Burkina Faso, dans un contexte sécuritaire difficile au Sahel.

Pour convaincre une clientèle internationale de loisirs, la sécurité réelle compte autant que l’image de la destination. Les recommandations aux voyageurs émises par les différents gouvernements peuvent notamment avoir une influence directe sur les décisions des touristes et des voyagistes.

Le développement du secteur passera donc également par la capacité du pays à rassurer et à construire progressivement une image de destination accessible.

Un objectif ambitieux pour 2030

Devenir l’une des grandes destinations africaines ne se décrète pas. La Côte d’Ivoire doit encore augmenter ses capacités d’accueil, améliorer la commercialisation de ses destinations et convaincre davantage de tour-opérateurs et de voyageurs indépendants.

Elle dispose néanmoins d’un avantage : son offre peut difficilement être résumée à un seul type de vacances. Abidjan peut attirer une clientèle urbaine et professionnelle, Assinie les amateurs de séjours balnéaires, Grand-Bassam les voyageurs intéressés par l’histoire et les différentes régions du pays ceux qui recherchent nature et découverte culturelle.

La réussite de la stratégie ivoirienne dépendra désormais de sa capacité à relier ces différents atouts pour en faire de véritables parcours touristiques.

Si elle y parvient, la Côte d’Ivoire pourrait progressivement changer d’image auprès des Européens. Non plus seulement celle d’une puissance économique majeure d’Afrique de l’Ouest où l’on se rend pour travailler ou retrouver ses proches, mais celle d’un pays où l’on choisit également de partir en vacances.

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