Gabon : pétrole, manganèse et gaz relancent les extractives au T2 2026

A large yellow mining truck in a rocky quarry under a clear sky.Photo : Gansham Ramchandani / Pexels

Les activités extractives gabonaises ont renoué avec la croissance au deuxième trimestre 2026, affichant une progression globale de 1,2 % de la production. Ce redressement, documenté par la Note de conjoncture sectorielle (NDC) de la Direction générale de l’Économie et de la politique fiscale (DGEPF), rattachée au ministère de l’Économie, repose sur la contribution conjointe du pétrole brut, du manganèse et du gaz naturel. Trois piliers historiques qui concentrent l’essentiel des recettes d’exportation du pays.

Cette dynamique intervient après plusieurs trimestres marqués par un essoufflement de la production nationale, notamment dans l’amont pétrolier confronté au vieillissement de ses champs matures. L’embellie observée entre avril et juin modifie partiellement la trajectoire sectorielle et redonne de la visibilité aux prévisions budgétaires de Libreville, très dépendantes des hydrocarbures et du minerai de manganèse.

Un pétrole gabonais qui reprend des couleurs

Longtemps considéré comme le talon d’Achille de l’économie gabonaise, le pétrole brut a contribué de manière décisive au rebond trimestriel. Les volumes extraits ont bénéficié de la montée en puissance de plusieurs opérations, dans un contexte où les autorités cherchent à prolonger la durée de vie des gisements matures via des programmes de récupération assistée. Le secteur demeure dominé par les filiales de majors étrangères et par la Gabon Oil Company (GOC), qui a renforcé ses positions ces dernières années à la faveur des rachats d’actifs cédés par certains opérateurs historiques.

La hausse de la production pétrolière intervient alors que les cours du Brent restent volatils, oscillant au gré des arbitrages de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et de ses alliés (OPEP+). Pour un pays dont le brut représente encore une part prépondérante des exportations et des recettes fiscales, chaque point de croissance de la production se traduit mécaniquement par un amortisseur budgétaire. La DGEPF souligne que cette amélioration quantitative devrait soutenir les équilibres macroéconomiques du second semestre, sous réserve que les prix mondiaux ne décrochent pas.

Le manganèse, levier stratégique de diversification

Deuxième ingrédient du redressement, le manganèse confirme son rôle d’actif industriel majeur. Le Gabon figure parmi les trois premiers producteurs mondiaux de ce minerai utilisé principalement dans la métallurgie et, de plus en plus, dans les batteries lithium-ion destinées à la mobilité électrique. L’activité est portée par Eramet, à travers sa filiale Comilog implantée à Moanda, ainsi que par Nouvelle Gabon Mining et quelques opérateurs de taille intermédiaire.

La demande internationale pour le manganèse haute pureté, tirée par la transition énergétique, offre au Gabon une fenêtre stratégique que les pouvoirs publics entendent exploiter. Les volumes extraits au deuxième trimestre traduisent une adaptation progressive à cette demande, malgré la pression concurrentielle exercée par l’Afrique du Sud et l’Australie. Reste la question logistique, structurellement contrainte par les capacités du chemin de fer Transgabonais, seul corridor d’évacuation du minerai depuis le sud-est du pays jusqu’au port d’Owendo.

Le gaz naturel, troisième pilier d’un équilibre fragile

Longtemps resté dans l’ombre du pétrole, le gaz naturel s’impose comme la troisième composante de la reprise. Son exploitation reste modeste à l’échelle régionale, loin derrière les volumes produits par le Nigeria, l’Algérie ou la Mauritanie, mais sa valorisation progresse. Une partie du gaz associé, autrefois torché, est désormais réinjectée ou utilisée pour la production électrique, dans une logique de monétisation et de réduction de l’empreinte carbone des opérations amont.

La progression de 1,2 % enregistrée globalement par les industries extractives ne doit pas masquer les vulnérabilités structurelles du modèle. La dépendance aux matières premières demeure forte et expose le pays aux retournements de cycle, tandis que la part de la transformation locale reste limitée. Les autorités économiques insistent depuis plusieurs mois sur la nécessité d’accélérer la montée en gamme industrielle, en particulier dans la métallurgie du manganèse et la pétrochimie, afin de capter davantage de valeur ajoutée sur le sol national.

Pour les investisseurs comme pour les partenaires financiers du Gabon, la publication de la Note de conjoncture sectorielle offre un signal utile. Elle confirme que le trio pétrole-manganèse-gaz continue de rythmer la conjoncture nationale, mais rappelle aussi l’urgence d’élargir la base productive au-delà des ressources du sous-sol. Selon Gabon Review.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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