Le dossier du Sahara occidental connaît une nouvelle séquence diplomatique intense, marquée par la convergence déclarée de cent cinquante-deux États autour du principe d’autodétermination. Ce chiffre, relayé depuis Alger, replace la question sahraouie au centre de l’agenda onusien, à l’heure où l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura, tente de relancer un processus politique à l’arrêt depuis la démission de Horst Köhler en 2019. Pour les capitales de la région, l’enjeu n’est plus seulement juridique : il est devenu un marqueur d’alignement géopolitique.
Un principe onusien réaffirmé face à une réalité fragmentée
Le droit à disposer de soi, inscrit dans la Charte des Nations unies et consacré par la résolution 1514 de l’Assemblée générale de 1960, reste la grille de lecture officielle du dossier sahraoui. Le territoire figure toujours sur la liste des dix-sept territoires non autonomes maintenue par la Quatrième Commission de l’ONU, un statut inchangé depuis le retrait espagnol de 1975. Chaque automne, l’Assemblée générale adopte par consensus ou à large majorité une résolution rappelant ce principe, sans toutefois trancher sur ses modalités concrètes d’exercice.
Le chiffre de cent cinquante-deux États, s’il correspond à une déclaration conjointe ou à un vote récent, s’inscrit dans cette continuité. Il traduit moins un soutien explicite au Front Polisario qu’un attachement formel à un cadre normatif ancien. La nuance est importante : plusieurs capitales qui défendent le principe d’autodétermination à New York soutiennent par ailleurs, à titre bilatéral, le plan d’autonomie marocain présenté en 2007 comme « base sérieuse et crédible » de négociation par le Conseil de sécurité dans ses résolutions successives.
La percée bilatérale marocaine redistribue les cartes
Depuis la reconnaissance par Washington, en décembre 2020, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Rabat a méthodiquement élargi le cercle des États favorables à sa thèse. L’Espagne a opéré un virage historique en mars 2022 en qualifiant le plan d’autonomie de proposition « la plus sérieuse, réaliste et crédible ». La France lui a emboîté le pas en juillet 2024, par une lettre du président Emmanuel Macron au roi Mohammed VI, suivie d’engagements économiques dans les provinces du Sud. Israël a reconnu la souveraineté marocaine en juillet 2023, dans le prolongement des accords d’Abraham signés en 2020.
À ces appuis s’ajoutent une trentaine de consulats généraux ouverts à Laâyoune et Dakhla par des États africains, arabes et caribéens depuis 2019. Cette diplomatie des consulats, méthodique et peu médiatisée, matérialise sur le terrain une reconnaissance de facto que le droit international ne consacre pas encore. Pour Rabat, elle vaut capital politique au moment où les négociations onusiennes patinent.
Alger, le Polisario et le poids démographique de l’ONU
Face à cette offensive, Alger maintient une diplomatie d’influence structurée autour de la Charte de l’Union africaine, dont la République arabe sahraouie démocratique est membre depuis 1982, et de la mobilisation des États non alignés. Le soutien aux positions sahraouies demeure solide en Amérique latine, où le Mexique, Cuba et le Venezuela constituent un socle historique, ainsi qu’en Afrique australe, Afrique du Sud et Algérie en tête. La rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat, consommée en août 2021, a figé un conflit régional dont le dossier sahraoui est le principal combustible.
Le Front Polisario, qui a dénoncé en novembre 2020 l’accord de cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), reste militairement actif dans la bande tampon située à l’est du mur de défense marocain. Les affrontements restent toutefois de basse intensité et n’ont pas, à ce jour, modifié la cartographie du contrôle territorial.
Un dossier figé en apparence, mobile en réalité
La situation présente une tension inédite entre deux temporalités diplomatiques. D’un côté, un cadre multilatéral qui n’évolue que par incréments, où le principe d’autodétermination demeure l’alpha et l’oméga des textes. De l’autre, une diplomatie bilatérale accélérée qui construit, reconnaissance après reconnaissance, une alternative au statu quo. Le Conseil de sécurité, qui renouvelle chaque année en octobre le mandat de la MINURSO, est désormais le véritable point d’arbitrage. Les prochaines consultations menées par Staffan de Mistura diront si cet écart entre les deux récits peut encore se résorber, ou s’il est appelé à s’institutionnaliser.
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