Un an jour pour jour après sa condamnation, le journaliste français Christophe Gleizes demeure incarcéré en Algérie. Reporters sans frontières (RSF) a lancé ce 29 juin un appel solennel aux autorités algériennes pour qu’elles mettent un terme à ce que l’organisation qualifie de « drame humain ». Spécialisé dans le football africain, le reporter de 36 ans purge une peine de sept ans de prison à Tizi Ouzou, en Kabylie, pour des chefs d’accusation que sa rédaction et ses soutiens jugent disproportionnés au regard de son activité strictement professionnelle.
Un journaliste sportif pris dans l’étau judiciaire algérien
Christophe Gleizes collaborait notamment avec les magazines So Foot et Society lorsqu’il s’est rendu en Algérie pour un reportage consacré à la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), club emblématique de la région. Interpellé en mai 2024, il a été condamné le 29 juin 2025 par le tribunal de Tizi Ouzou pour « apologie du terrorisme » et « détention de publications dans un but de propagande nuisible à l’intérêt national ». Les autorités lui reprochent des échanges avec un responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), organisation classée terroriste par Alger depuis 2021.
Ses proches et son employeur soutiennent que ces contacts s’inscrivaient dans le cadre normal d’une enquête journalistique, le dirigeant en question ayant été par le passé une figure du club kabyle. La défense conteste tout engagement militant du reporter, qui couvrait le football africain depuis plusieurs années sans jamais s’être positionné sur les dossiers politiques internes au pays hôte.
RSF dénonce une instrumentalisation de l’antiterrorisme
Dans son communiqué publié pour marquer le premier anniversaire de la condamnation, RSF rappelle que le reporter a déjà passé douze mois derrière les barreaux et que son état psychologique se dégrade. L’organisation de défense de la liberté de la presse exhorte le président Abdelmadjid Tebboune à user de ses prérogatives pour permettre un retour rapide du journaliste en France. Selon RSF, ce dossier illustre une dérive croissante consistant à mobiliser l’arsenal antiterroriste pour réprimer le travail d’enquête, en particulier sur les sujets touchant à la Kabylie.
L’Algérie occupe la 139e place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Plusieurs journalistes algériens, dont Ihsane El Kadi, ont été lourdement condamnés ces dernières années pour leurs publications ou leurs sources de financement. L’affaire Gleizes s’inscrit dans cette séquence, avec une dimension supplémentaire : c’est l’un des rares cas récents impliquant un correspondant occidental détenu de longue durée dans le pays.
Un dossier qui pèse sur la relation franco-algérienne
Le sort du reporter s’invite dans une relation bilatérale déjà sous tension. Depuis la reconnaissance par Paris du plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental à l’été 2024, les échanges diplomatiques entre la France et l’Algérie traversent une zone de turbulences durables. L’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, puis le maintien en détention de Christophe Gleizes, ont alimenté les frictions, malgré plusieurs tentatives d’apaisement orchestrées par le Quai d’Orsay au cours des derniers mois.
Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé suivre le dossier avec attention et apporter une assistance consulaire au journaliste. Sa famille, qui s’exprime peu publiquement, a confié son inquiétude quant aux conditions de détention et à la durée de la peine prononcée. La cour d’appel doit encore se prononcer sur le recours déposé par les avocats du reporter, sans calendrier précis communiqué à ce stade.
Pour les organisations de défense de la presse, l’enjeu dépasse le cas individuel. Le traitement réservé à un correspondant étranger envoyé couvrir un club de football est devenu un signal adressé à l’ensemble des médias internationaux travaillant sur l’Algérie et sa périphérie sensible. RSF appelle ses soutiens à maintenir la pression diplomatique et médiatique jusqu’à la libération effective du journaliste. Selon PressAfrik, l’organisation considère que chaque mois supplémentaire de détention aggrave une situation déjà jugée insoutenable.
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