Pacte de convergence UEMOA : Ouattara engage la Côte d’Ivoire

Contemporary structure of a university campus building in Ife, Nigeria showcasing modern architectural design.Photo : Ebenezer Idowu / Pexels

La signature par Alassane Ouattara du nouveau pacte de convergence de l’UEMOA, rendue publique le 23 octobre 2026, scelle un cycle de renégociation ouvert après plusieurs années de dérapages budgétaires dans la zone. Pour la Côte d’Ivoire, première économie de l’union avec environ 40 % du produit intérieur brut communautaire, l’engagement est loin d’être symbolique : il conditionne la trajectoire d’endettement d’Abidjan et, par ricochet, la stabilité du franc CFA arrimé à l’euro.

Un pacte de convergence UEMOA repensé après le choc de la dette sénégalaise

Le précédent dispositif, adopté en 2015 et plusieurs fois prorogé, reposait sur un socle connu : déficit public plafonné à 3 % du PIB, dette publique sous 70 %, inflation contenue sous 3 %, non-accumulation d’arriérés. Ces critères, hérités en partie du modèle européen de Maastricht, n’ont été respectés par aucun État membre de manière continue depuis 2020. La pandémie, la hausse des taux mondiaux, puis la révision à la hausse de la dette sénégalaise annoncée en 2024 par les nouvelles autorités issues de l’élection d’Ousmane Sonko au poste de Premier ministre, ont fait voler en éclat la crédibilité du cadre.

Concrètement, la Commission de l’UEMOA et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ont dû composer avec des ratios de dette dépassant 80 % au Sénégal et avoisinant ou dépassant les 60 % en Côte d’Ivoire et au Togo. Les émissions souveraines sur le marché régional ont vu leurs taux grimper au-delà de 7 % sur certaines maturités longues en 2024 et 2025, signe que les investisseurs réclament une prime de risque politique accrue. Dans ce contexte, le nouveau pacte vise à restaurer un ancrage budgétaire crédible, préalable au maintien de la parité fixe avec l’euro et à la convergence avec la future monnaie Eco, projet ouest-africain repoussé à plusieurs reprises depuis 2020.

Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina : des trajectoires budgétaires très inégales

La signature d’Alassane Ouattara prend un relief particulier parce qu’elle émane du chef d’État de l’économie la plus solide de la zone, celle dont la croissance a oscillé entre 6 % et 7 % sur la dernière décennie. En acceptant une discipline renforcée, Abidjan envoie un signal aux agences de notation et aux bailleurs multilatéraux, au premier rang desquels le Fonds monétaire international, avec lequel le pays est lié par un programme élargi de crédit de 3,5 milliards de dollars approuvé en 2023.

Reste que les sept autres États membres n’affichent pas la même marge de manœuvre. Le Sénégal doit absorber la révélation d’une dette supérieure aux chiffres communiqués par la précédente administration, situation qui a conduit le FMI à suspendre temporairement ses décaissements en 2024. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, confrontés à l’insécurité sahélienne et à la rupture partielle avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), portent des dépenses de défense qui pèsent sur leurs équilibres. Le Bénin, mieux noté sur les marchés, et le Togo, qui a réussi plusieurs émissions eurobonds, se trouvent dans une position intermédiaire. La Guinée-Bissau, enfin, demeure structurellement sous programme d’ajustement.

Surveillance multilatérale : la BCEAO sous pression

Au-delà des seuils chiffrés, l’enjeu réside dans la capacité de la Commission de l’UEMOA à faire respecter la surveillance multilatérale. Le dispositif précédent prévoyait déjà des revues semestrielles et des rappels à l’ordre, dont l’efficacité est restée limitée faute de sanctions appliquées. La signature ivoirienne engage donc une forme de responsabilité politique : si la locomotive de la zone s’astreint publiquement au cadre, il devient plus difficile pour les capitales voisines de s’en affranchir sans coût diplomatique.

La BCEAO, dirigée depuis Dakar, se retrouve en première ligne. L’institution d’émission doit à la fois préserver ses réserves de change, qui ont fléchi à des niveaux proches de cinq mois d’importations en 2024 selon ses propres publications, et accompagner le financement des États via le marché des titres publics. Un cadre de convergence crédible lui offre une marge pour poursuivre une politique monétaire mesurée, après plusieurs relèvements de son taux directeur depuis 2022. L’épreuve de vérité viendra des premières revues conjointes avec la Commission, prévues au cours de l’année qui s’ouvre, et de la capacité des huit capitales à traduire le texte signé en lois de finances conformes.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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