Le Trésor public de Côte d’Ivoire a rendu publics ses chiffres de recouvrement arrêtés à fin septembre 2026, faisant état d’un encaissement d’environ 375 millions de dollars, soit une hausse de 6,28 % en glissement annuel. Converti au cours moyen récent du franc CFA face au dollar, ce montant représente de l’ordre de 220 à 230 milliards de FCFA, un ordre de grandeur à manier avec prudence tant que la ventilation détaillée n’est pas communiquée. La publication intervient à neuf mois d’exercice, soit à un moment clé pour apprécier le rythme d’exécution budgétaire de la première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Un recouvrement qui prolonge la trajectoire ivoirienne depuis 2021
La performance du Trésor ivoirien s’inscrit dans une tendance pluriannuelle de progression des recettes publiques observée depuis la sortie de la crise sanitaire. Entre 2021 et 2024, les ressources mobilisées par l’État se sont inscrites en hausse régulière, portées par l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation des procédures douanières et la montée en puissance du guichet unique du commerce extérieur. Le taux de pression fiscale ivoirien, longtemps bloqué autour de 12 %, s’est progressivement rapproché du seuil communautaire de 20 % fixé par les critères de convergence de l’UEMOA, sans toutefois l’atteindre.
La progression de 6,28 % annoncée à fin septembre reste supérieure à l’inflation moyenne constatée dans la zone, ce qui suggère un gain réel et non un simple effet de prix. Elle traduit aussi la résilience d’une économie dont les institutions internationales anticipent une croissance comprise entre 6 et 7 % sur l’exercice, portée par les hydrocarbures du bloc Baleine, l’agro-industrie et les services. Reste que l’absence de ventilation entre recettes fiscales, recettes non fiscales, produits de cessions et tirages sur emprunts limite, à ce stade, la lecture qualitative de la performance.
Le Plan national de développement comme toile de fond
Les recettes mobilisées par le Trésor conditionnent directement l’exécution du Plan national de développement (PND) 2021-2025, dont la trajectoire d’investissement s’est élevée à plusieurs dizaines de milliers de milliards de FCFA sur la période, avec une participation majoritaire attendue du secteur privé. La capacité du Trésor à sécuriser ses encaissements est d’autant plus scrutée que l’État ivoirien a procédé en 2024 et 2025 à des opérations de refinancement sur le marché régional des titres publics et sur le marché eurobonds, à la suite de l’émission libellée en dollars de janvier 2024, revenue inaugurer l’accès africain aux marchés internationaux après deux années de fermeture.
Dans ce contexte, chaque point de croissance des recouvrements améliore mécaniquement la soutenabilité de la dette publique, dont le ratio sur PIB se situe autour de 55 %, en deçà du plafond communautaire de 70 % mais en progression depuis 2019. Le programme en cours avec le Fonds monétaire international, conclu en 2023 au titre de la facilité élargie de crédit et du mécanisme élargi de crédit pour environ 3,5 milliards de dollars, intègre d’ailleurs des cibles explicites de mobilisation de recettes intérieures.
Un signal à destination des investisseurs régionaux
Pour les investisseurs institutionnels présents sur le marché régional des titres publics animé par UMOA-Titres, la publication intermédiaire du Trésor ivoirien constitue un indicateur avancé de la qualité de signature de l’émetteur dominant de la zone. La Côte d’Ivoire concentre à elle seule une part prépondérante des émissions brutes de l’UEMOA, loin devant le Sénégal et le Bénin, et sert souvent de référence pour la formation des taux à l’échelle communautaire.
Par ailleurs, la trajectoire des recouvrements sera lue en miroir des performances des pays voisins ayant connu une rupture institutionnelle, notamment ceux membres de l’Alliance des États du Sahel, dont les administrations fiscales affichent des dynamiques plus heurtées. À l’inverse, le Sénégal poursuit un recadrage budgétaire sous contrainte à la suite de l’audit des finances publiques publié fin 2024. Concrètement, la communication régulière de données chiffrées par la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique participe d’une stratégie de transparence qui conditionne, autant que les fondamentaux économiques, le coût de l’argent pour l’État ivoirien.
À trois mois de la clôture de l’exercice 2026, l’enjeu portera sur la capacité du Trésor à maintenir la cadence, voire à l’accélérer, pour couvrir les décaissements liés aux investissements d’infrastructures et aux dépenses sociales inscrites dans la loi de finances initiale.
Pour aller plus loin
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