La Cisjordanie occupée enregistre une nouvelle vague de déplacements forcés, avec plus de 379 familles palestiniennes contraintes de quitter leur domicile. Ce décompte, mis en avant alors que la coalition de Benyamin Netanyahou traverse une séquence politique sensible, confirme une dynamique observée depuis la fin 2023 : l’accélération des opérations touchant des communautés rurales et des camps de réfugiés, souvent situés en zone C, placée sous contrôle administratif et sécuritaire israélien aux termes des accords d’Oslo II signés en 1995.
Une pression continue sur les communautés palestiniennes de zone C
Les déplacements forcés en Cisjordanie ne constituent pas un phénomène ponctuel. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) recense, année après année, des centaines de démolitions de structures palestiniennes, motivées officiellement par l’absence de permis de construire, quasi impossibles à obtenir pour les habitants palestiniens dans ces zones. En 2023, l’OCHA avait déjà documenté plus de 1 100 structures démolies ou saisies, un volume sans précédent depuis le début de ses relevés en 2009. La séquence actuelle, qui porte sur plus de 379 familles palestiniennes, s’inscrit dans ce continuum, avec une intensité accrue depuis le 7 octobre 2023 et le déclenchement de la guerre à Gaza.
Les mécanismes à l’œuvre combinent plusieurs leviers : ordres d’évacuation militaires, démolitions administratives, opérations de l’armée dans les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie, et pressions exercées par des colons dans les collines du sud d’Hébron et de la vallée du Jourdain. Plusieurs communautés bédouines, comme celle de Khirbet Zanouta, documentée par des ONG israéliennes et internationales, ont été entièrement vidées de leurs habitants au cours des deux dernières années. Chaque famille déplacée représente en moyenne cinq à sept personnes, ce qui porte l’impact humain du dernier décompte à près de 2 000 individus concernés, enfants compris.
Un contexte politique israélien sous tension
Ces déplacements interviennent alors que la coalition au pouvoir en Israël, qui réunit le Likoud et plusieurs formations de la droite religieuse et nationaliste comme Sionisme religieux de Bezalel Smotrich et Force juive d’Itamar Ben-Gvir, traverse une séquence politique à hauts risques. Les ministres issus de ces partis occupent des portefeuilles stratégiques pour la Cisjordanie : Bezalel Smotrich dispose, depuis l’accord de coalition de décembre 2022, de prérogatives élargies au sein du ministère de la Défense sur l’administration civile de la zone C, tandis qu’Itamar Ben-Gvir contrôle la Sécurité nationale et donc la police.
Cette configuration institutionnelle a des effets concrets sur le terrain. Elle a permis l’accélération de la régularisation d’avant-postes de colonisation, dont certains étaient jusque-là considérés comme illégaux au regard du droit israélien lui-même. Elle a aussi coïncidé avec une multiplication des violences imputées à des colons, documentées par l’OCHA et par des organisations comme B’Tselem ou Yesh Din. Chaque échéance politique interne, qu’elle soit électorale, budgétaire ou liée à la survie de la coalition, tend à être accompagnée d’annonces favorables aux partis d’implantation, selon un schéma observé à plusieurs reprises depuis 2023.
Un enjeu de droit international et de diplomatie régionale
Sur le plan juridique, les déplacements forcés de population civile en territoire occupé sont encadrés par la quatrième Convention de Genève de 1949, dont l’article 49 interdit les transferts forcés individuels ou en masse. L’avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice le 19 juillet 2024 a par ailleurs qualifié d’illicite la présence prolongée d’Israël dans le Territoire palestinien occupé, en demandant la cessation de la colonisation. Les 379 familles palestiniennes déplacées viennent ainsi documenter, de manière chiffrée, une pratique dont la qualification juridique est désormais tranchée par la plus haute juridiction onusienne.
Pour les capitales arabes, et en particulier celles qui ont normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham signés en 2020, la question devient de plus en plus difficile à contourner. Les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc sont régulièrement interpellés par leurs opinions publiques sur la poursuite de la colonisation. L’Arabie saoudite, dont le projet de normalisation est suspendu depuis octobre 2023, conditionne désormais tout rapprochement à des avancées tangibles sur un horizon étatique palestinien. Dans ce cadre, chaque nouvelle vague de déplacements en Cisjordanie pèse directement sur l’architecture diplomatique régionale.
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