Mahrah Al Nahyan condamnée à Londres pour négligence envers enfant

Exterior of the Royal Courts of Justice in London with cloudy skies.Photo : David Sams / Pexels

La décision rendue par la Southwark Crown Court le 13 octobre 2026 referme un dossier qui aura, en quelques mois, embarrassé l’une des familles les plus en vue de la péninsule Arabique. Mahrah Al Nahyan, 32 ans, membre par mariage de la famille régnante d’Abou Dhabi, a plaidé coupable d’un chef unique de négligence envers enfant après avoir été retrouvée inconsciente sur la voie publique à l’ouest de Londres en juin 2026. Un garçon de trois ans jouait seul, pieds nus, à proximité d’une circulation dense, pendant qu’elle gisait appuyée contre une grille, à côté d’un homme lui-même inconscient.

Une peine mesurée pour une affaire sensible

Le magistrat Mr Justice Johnson KC a prononcé une community order de deux ans assortie d’une obligation de soins, une amende de 5 000 livres et 1 000 livres de frais. La peine, loin de l’emprisonnement ferme que la jurisprudence britannique peut retenir dans les cas aggravés de child neglect, tient compte du plaidoyer de culpabilité, de la prise en charge thérapeutique engagée dès juillet au Priory de Woking, dans le Surrey, et de l’absence d’antécédents. Le juge n’a pas pour autant minimisé les faits : il a souligné que l’enfant s’était élancé à un moment vers la chaussée pour poursuivre un morceau de papier avant d’être retenu par un passant.

« By leaving [the child] to play barefoot in the street while under the influence of drugs, you showed a recklessness and disregard for [the child’s] safety », a tranché Mr Justice Johnson KC à l’audience. Le magistrat a insisté sur le rôle décisif des témoins, estimant que l’enfant aurait pu « become distressed seeing you and your friend unconscious in the street ». Le procureur Rio Pahlavanpour a pour sa part relaté les propos erratiques tenus par la prévenue à son réveil, qu’il a cités à la barre : « This is not a slaughterhouse, why do you care so much? Why are you so worried? »

Une famille princière confrontée au droit commun britannique

Au-delà du fait divers, l’affaire met en lumière une réalité peu documentée : la vulnérabilité judiciaire, dans les juridictions occidentales, des membres élargis des maisons régnantes du Golfe. La famille Al Nahyan, qui règne sur l’émirat d’Abou Dhabi depuis le XVIIIᵉ siècle et dirige la fédération des Émirats arabes unis depuis sa création en 1971, compte plusieurs centaines de membres par le sang ou par alliance. Les sheikhs de premier rang bénéficient d’une immunité diplomatique au titre de la Convention de Vienne de 1961 lorsqu’ils voyagent sous passeport officiel. Les membres plus périphériques, en revanche, répondent au droit commun du pays où ils résident, comme l’illustre le passage de Mahrah Al Nahyan devant la justice britannique.

Le précédent le plus marquant reste l’acquittement, en 2010 à Londres, d’un prince saoudien poursuivi pour agression ; plus récemment, en 2020, un cousin de la famille régnante qatarienne avait été condamné par un tribunal belge pour infractions routières. Ces dossiers rappellent que la médiatisation d’un fait, même mineur, peut peser sur la diplomatie bilatérale. Les Émirats arabes unis, premiers investisseurs arabes au Royaume-Uni avec un stock estimé par le Department for Business and Trade à plus de 15 milliards de livres fin 2024, veillent habituellement à circonscrire ce type d’épisodes dans la sphère strictement judiciaire.

Un dispositif de soins qui conditionne la suite

La prévenue achève fin octobre un programme de trois mois au Priory de Woking, établissement privé réputé pour la prise en charge des addictions. Son avocat, Stephen Vullo KC, a détaillé la trajectoire envisagée : « The immediate future is she intends to complete all of the steps of a three-month programme which will come to an end at the end of this month. Her plan after that is to rent a property in the Guildford area and become a day patient there, where she will attend Narcotics Anonymous. » La défense a plaidé un remords « significant » et une détermination à surmonter la dépendance.

Les revenus déclarés à l’audience, une allocation mensuelle de 8 000 livres, situent la prévenue dans une position matérielle confortable mais sans commune mesure avec le patrimoine global attribué à la famille Al Nahyan, évalué à plus de 250 milliards de livres toutes branches confondues. Cette asymétrie, courante dans les grandes dynasties du Golfe où les transferts internes obéissent à des logiques tribales et générationnelles, explique le choix d’une amende calibrée sur les ressources personnelles de l’intéressée. Reste à observer si les services sociaux britanniques décideront d’un suivi distinct concernant l’enfant, dont le lien exact avec la condamnée n’a pas été précisé à l’audience.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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