Le lancement par GCB Bank PLC d’une carte de paiement libellée en yuan, en partenariat avec UnionPay International, marque une étape discrète mais significative de la pénétration monétaire chinoise en Afrique de l’Ouest. Annoncée le 26 octobre 2026 au siège shanghaïen du réseau de paiement chinois, l’opération associe une carte de débit et une carte prépayée, cette dernière permettant à son porteur de régler des achats et de retirer des espèces en Chine directement dans la devise locale. La présence de représentants de la Banque du Ghana à la cérémonie confère à cette initiative une portée institutionnelle qui dépasse le simple accord commercial entre un émetteur bancaire et un réseau international.
Une carte en yuan taillée pour le corridor commercial Ghana-Chine
Les volumes justifient l’offre. Les échanges bilatéraux entre Accra et Pékin ont atteint 14,1 milliards de dollars en 2025, en progression de 19,3 % sur un an, Pékin consolidant sa position de principal fournisseur du pays. À cette intensité commerciale s’ajoute une mobilité touristique et d’affaires significative : l’Autorité du Tourisme du Ghana a recensé 1,31 million de visiteurs internationaux sur la même année, en légère hausse de 1,4 %, dont une fraction croissante circule entre les deux capitales à l’occasion de la Foire de Canton, grand rendez-vous des importateurs africains.
La proposition de valeur avancée par GCB Bank est opérationnelle : permettre à ses clients corporate et à ses voyageurs de régler leurs transactions en Chine sans transiter par le dollar américain. L’économie attendue tient à la suppression d’une double conversion, cedi-dollar puis dollar-yuan, qui pèse historiquement sur les marges des importateurs ghanéens de biens d’équipement, de textiles et de produits électroniques. Reste que les notes publiques ne précisent ni les plafonds ni les commissions appliquées, ni le calendrier précis de mise à disposition des cartes auprès du grand public ghanéen.
Pénétration du yuan : ce que montrent les précédents africains
L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis l’accord conclu entre la Banque populaire de Chine et plusieurs banques centrales africaines au cours de la décennie 2010, le renminbi gagne en visibilité comme devise de règlement et de réserve sur le continent. La Banque centrale du Nigeria avait signé dès 2018 un accord de swap bilatéral de 2,5 milliards de dollars équivalents avec Pékin ; la Banque centrale d’Égypte a emprunté sur le marché obligataire chinois en 2023 via des panda bonds. Dans l’espace UEMOA, les règlements en yuan restent toutefois marginaux, le franc CFA conservant un arrimage étroit à l’euro et les circuits de correspondance passant encore massivement par Paris, Londres et New York.
C’est précisément ce qui donne au geste ghanéen une tonalité particulière. Le Ghana n’appartient pas à la zone franc, dispose d’une devise souveraine, le cedi, et sort d’un cycle de forte dépréciation qui a nourri, depuis 2022, une réflexion publique sur la facturation en monnaies alternatives. L’intérêt pour une solution libellée en yuan traduit la recherche active d’instruments permettant de desserrer la dépendance au billet vert, dans un pays qui a dû solliciter en 2023 un programme de 3 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international.
Un test monétaire pour la CEDEAO et pour UnionPay
Au-delà d’Accra, la carte RMB de GCB Bank constitue un cas d’école pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui peine à faire émerger sa monnaie commune, l’eco, annoncée depuis 2019 et toujours repoussée. Si l’expérience ghanéenne démontre que des circuits de règlement non dollarisés peuvent fonctionner à l’échelle d’un corridor bilatéral, elle offrira un argument supplémentaire aux partisans d’une diversification des devises de facturation régionales. À l’inverse, un échec commercial, lié par exemple à des commissions dissuasives ou à une base de clientèle trop étroite, confirmerait la difficulté à déloger le dollar sur les flux transfrontaliers africains.
Pour UnionPay International, le Ghana représente un marché d’expérimentation. Le réseau chinois, qui revendique une acceptation dans plus de 180 pays et territoires, utilise l’Afrique comme terrain de différenciation face à Visa et Mastercard, en misant sur sa capacité à traiter nativement le yuan. L’implication affichée de la Banque du Ghana laisse entendre qu’Accra entend observer de près l’évolution des volumes libellés en renminbi, dans la perspective éventuelle d’ajuster sa doctrine de change et son dispositif de réserves officielles. Ce que la carte annoncée à Shanghai met véritablement en circulation, c’est moins un moyen de paiement qu’une question stratégique.
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