Afreximbank mobilise 975 M USD pour l’africanisation d’Oryx Energies

A vibrant gas station in Marrakesh, Morocco, lit up at night with red neon lights.Photo : XT7 Core / Pexels

Le feu vert d’Afreximbank à un financement de 975 millions de dollars pour le management buy-out d’Oryx Energies, rendu public le 28 octobre 2026, place l’institution du Caire au cœur d’une mutation capitalistique silencieuse mais structurante. Le distributeur, longtemps adossé à des capitaux suisses via le groupe AOG (Addax & Oryx Group) fondé à Genève à la fin des années 1980, bascule entre les mains de son équipe dirigeante. Pour la banque panafricaine, c’est l’occasion de concrétiser une doctrine qu’elle promeut depuis plusieurs années : accompagner la relève de propriétaires non africains par des managers du continent, dans des secteurs jugés sensibles pour la sécurité d’approvisionnement.

Un transfert capitalistique révélateur d’une tendance de fond

Le mouvement n’est pas isolé. Depuis le milieu de la décennie 2010, plusieurs majors occidentales ont cédé leurs réseaux de distribution africains à des opérateurs locaux ou panafricains. Total avait ouvert la voie dès 2015 en vendant ses actifs aval dans quatorze pays d’Afrique à Vivo Energy, elle-même adossée à Vitol. Puck Petroleum a repris en 2024 les stations d’ExxonMobil dans plusieurs marchés d’Afrique australe. En parallèle, le trader singapourien Trafigura, actionnaire historique de Puma Energy, a entamé la rationalisation de son portefeuille africain. Le rachat d’Oryx Energies par ses dirigeants, financé par Afreximbank, s’inscrit dans cette séquence longue où la logistique des hydrocarbures change de main sans que la demande, elle, ne faiblisse.

Oryx Energies opère dans une vingtaine de pays africains, principalement en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique de l’Est, avec un double métier : la distribution de carburants aux professionnels et aux particuliers, et la commercialisation de gaz de pétrole liquéfié (GPL) auprès des ménages. Ce dernier segment, encore peu pénétré sur le continent où le bois et le charbon dominent la cuisson domestique, est devenu un enjeu de santé publique autant qu’énergétique. Le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont tous lancé, ces dernières années, des programmes nationaux de substitution en faveur du GPL.

Afreximbank, financier assumé de la souveraineté énergétique

Pour la banque dirigée depuis septembre 2025 par George Elombi, successeur de Benedict Oramah, l’opération confirme une orientation stratégique affichée dans son plan quinquennal : porter à plus de 40 milliards de dollars les engagements liés au commerce intra-africain et à l’africanisation d’actifs stratégiques. L’institution avait déjà financé, en 2023, le rachat des actifs africains d’ENI dans certains pays par des véhicules locaux, et accompagné en 2024 Dangote Petroleum Refinery pour la mise en service de la raffinerie de Lekki, d’une capacité de 650 000 barils par jour. Avec près d’un milliard de dollars mobilisés pour un seul management buy-out, elle franchit un palier.

Le choix d’un financement intégralement structuré par une banque continentale n’est pas neutre. Les opérations de ce calibre dans l’aval pétrolier impliquent habituellement des syndications associant banques européennes, négociants matières premières et institutions de développement. Que le ticket soit porté par Afreximbank seule, selon les éléments communiqués, envoie un signal aux cédants étrangers : la liquidité existe désormais sur le continent pour racheter des actifs d’envergure, sans dépendre exclusivement des bilans londoniens, zurichois ou parisiens.

Un pari industriel sous surveillance réglementaire

Reste à transformer l’essai. Un management buy-out à près d’un milliard de dollars suppose un service de la dette lourd, dans un secteur dont les marges unitaires, de l’ordre de quelques centimes par litre, dépendent étroitement des régulations de prix. Or plusieurs pays où Oryx Energies est implanté, du Cameroun au Sénégal en passant par le Mali, pratiquent des mécanismes de péréquation ou de blocage tarifaire qui limitent la répercussion des hausses du Brent. Le groupe devra également obtenir le feu vert des autorités de concurrence des juridictions concernées, en particulier de la Commission de la CEMAC et de celle de l’UEMOA, dont l’avis conditionne la finalisation effective du transfert de contrôle.

Au-delà de l’opération elle-même, c’est la capacité d’Afreximbank à répliquer ce modèle qui sera scrutée. Si le rachat d’Oryx Energies tient ses promesses, la banque disposera d’un cas d’école pour accompagner d’autres sorties d’actionnaires étrangers dans la distribution d’hydrocarbures, les cimenteries, voire les télécoms, où plusieurs désengagements sont attendus d’ici 2028.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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