Le site minier de Faranding, dans la région sénégalaise de Kédougou, a été la cible d’un commando armé qui a emporté 6,7 millions de FCFA. L’opération, menée par des individus non identifiés, s’inscrit dans une série d’incidents sécuritaires qui touchent depuis plusieurs mois les zones d’orpaillage du sud-est sénégalais. Le butin, modeste à l’échelle des flux générés par l’or local, confirme la circulation permanente de liquidités importantes sur ces sites, où la paie des ouvriers et les transactions sur le métal se font encore très largement en espèces.
Kédougou, cœur aurifère sénégalais sous tension
La région de Kédougou concentre l’essentiel de la production aurifère nationale. Elle abrite notamment la mine industrielle de Sabodala, exploitée par le groupe canado-australien Endeavour Mining depuis 2021, qui en a fait l’un des plus importants gisements d’or d’Afrique de l’Ouest avec une production annuelle estimée autour de 350 000 onces. Autour de ces concessions industrielles gravite une mosaïque de sites artisanaux et semi-mécanisés, employant des dizaines de milliers d’orpailleurs sénégalais, maliens, guinéens et burkinabè.
Cette économie informelle brasse des sommes considérables. Selon les estimations de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et du ministère sénégalais des Mines, l’orpaillage artisanal représenterait plusieurs tonnes d’or par an, en grande partie exportées hors des circuits officiels vers Dubaï via les hubs ouest-africains. Faranding, situé dans cette ceinture, cumule les facteurs de risque : densité de population flottante, circulation d’espèces, isolement relatif et faible présence des forces de sécurité.
Un signal sécuritaire à lire à l’aune du voisinage sahélien
La frontière malienne se trouve à moins de cent kilomètres à vol d’oiseau de plusieurs sites de Kédougou. Or, la région de Kayes, du côté malien, connaît depuis 2023 une détérioration marquée de la situation sécuritaire, avec des attaques attribuées à des groupes armés affiliés au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). Plusieurs convois miniers, dont certains liés à des exploitations industrielles aurifères maliennes, ont été ciblés dans la zone de Kéniéba, à proximité immédiate du territoire sénégalais.
Le mode opératoire observé à Faranding, à savoir une incursion rapide d’hommes armés visant les liquidités d’un site d’exploitation, correspond à une typologie désormais familière dans l’arc sahélien. Au Burkina Faso et au Niger, les sites artisanaux ont été, à de multiples reprises depuis 2019, la cible de pillages par des groupes armés cherchant à financer leurs opérations. Rien ne permet pour l’heure d’attribuer l’attaque sénégalaise à une mouvance organisée, mais la contiguïté géographique impose une vigilance renforcée.
Sécurisation de l’orpaillage : un chantier régalien inachevé
Les autorités sénégalaises ont engagé ces dernières années plusieurs opérations de régulation de l’orpaillage, incluant le recensement des sites, la délivrance de cartes d’orpailleur et le déploiement ponctuel de brigades mixtes gendarmerie-eaux et forêts. L’objectif affiché est double : limiter les atteintes à l’environnement, notamment l’usage du mercure et du cyanure, et reprendre en main des zones où l’autorité de l’État s’exerce de manière intermittente. Les résultats restent inégaux.
La question de la traçabilité des flux financiers s’ajoute à l’enjeu sécuritaire. Tant que la paie et la commercialisation de l’or se font majoritairement en liquide, les sites resteront des cibles attractives pour la criminalité armée. L’extension du mobile money dans la zone, portée par Orange Money et Wave, n’a pour l’instant pas suffi à bancariser les transactions quotidiennes des orpailleurs, souvent étrangers et sans compte formel. Plusieurs opérateurs du secteur plaident pour des points de collecte sécurisés et des rotations convoyées, à l’image de ce qui se pratique dans les mines industrielles.
Pour l’État sénégalais, l’enjeu dépasse le seul fait divers. La région de Kédougou pèse plus de 10 % du produit intérieur brut industriel du pays et constitue, avec les hydrocarbures de Sangomar et du GTA, l’un des piliers de la stratégie de souveraineté économique portée par les autorités en place depuis 2024. Toute dégradation sécuritaire durable dans la zone aurait des répercussions directes sur l’attractivité des investissements miniers et sur la stabilité des flux d’exportation d’or, deuxième poste de recettes extractives du pays.
Pour aller plus loin
Accra fixe à 2030 la fin des exportations de brut non transformé · Gabon : Libreville retire une quinzaine de permis miniers après audit · Minerais critiques : Londres se tourne vers le sous-sol algérien

Be the first to comment on "Kédougou : un site aurifère de Faranding visé par un commando armé"