Mines : le Mali signe deux contrats géologiques avec la Russie

Top-down drone shot of an industrial mining site in Rumpin, West Java, showing machinery and excavation.Photo : Tom Fisk / Pexels

La coopération minière entre le Mali et la Russie franchit une nouvelle étape avec la conclusion de deux contrats entre le ministère malien des Mines et la société publique russe Zarubezhgeologia. Signés à Moscou à l’occasion du Sommet Russie-Afrique, ces accords confient à l’opérateur russe deux chantiers complémentaires : l’établissement de cartes géologiques détaillées sur deux zones prioritaires du pays et la mise en place d’un système national d’information géologique destiné à centraliser les données du sous-sol malien.

Un double contrat pour reconstruire la connaissance du sous-sol

Le premier contrat, d’une durée de vingt-quatre mois, porte sur la production de cartes géologiques à l’échelle du 1/200 000e sur deux secteurs jugés stratégiques par les autorités maliennes. L’objectif affiché est double : identifier les zones présentant un intérêt pour l’exploration minière future et formuler des recommandations techniques sur les phases ultérieures de prospection. Un volet de formation accompagne le dispositif, au profit des agents de la Direction nationale de la géologie et des mines, qui seront initiés aux méthodes d’interprétation des données satellitaires.

Le second contrat, plus court avec huit mois d’exécution, vise la conception d’une infrastructure numérique nationale pour la gestion de l’information géologique. Il doit permettre à l’État malien de disposer d’un référentiel unifié de ses données du sous-sol, aujourd’hui dispersées entre héritages administratifs anciens, archives de compagnies privées et campagnes partielles menées depuis les années 1980. C’est le ministre malien des Mines, le Pr Amadou Keita, qui a paraphé les documents côté bamakois.

Un prolongement du virage géopolitique amorcé depuis 2021

Ces contrats s’inscrivent dans la trajectoire ouverte par le chef de l’État de la transition, Assimi Goïta, depuis le second coup de force de mai 2021. Rupture de la coopération militaire avec Paris, départ de la force Barkhane en 2022, retrait de la Minusma achevé fin 2023, puis sortie annoncée de la Cédéao début 2024 : Bamako a méthodiquement redistribué ses alliances, Moscou s’imposant comme partenaire militaire via le groupe Wagner, puis Africa Corps après la mort d’Evgueni Prigojine en août 2023. L’ouverture de ce front géologique traduit l’extension du partenariat au domaine économique, et singulièrement à la rente extractive.

Le secteur minier représente environ un quart des recettes d’exportation du Mali et plus de 10 % de son produit intérieur brut, l’or constituant la quasi-totalité de ces revenus. Le pays est l’un des trois principaux producteurs africains du métal jaune, avec une production oscillant autour de 60 à 65 tonnes par an ces dernières années. Au-delà de l’or, le sous-sol malien recèle des gisements de lithium, notamment celui de Goulamina dans la région de Bougouni, du fer, du manganèse et des indices d’uranium dans la zone de Faléa. La cartographie confiée à Zarubezhgeologia pourrait, selon la localisation retenue, concerner certains de ces couloirs métallogéniques encore sous-explorés.

Un nouveau code minier qui change les règles du jeu

L’accord intervient alors que le Mali applique un code minier adopté en août 2023, qui relève la part de l’État dans les projets à hauteur de 30 % cumulés et renchérit la fiscalité pesant sur les majors étrangères. Cette réforme a provoqué une renégociation tendue avec plusieurs opérateurs installés de longue date, dont le canadien Barrick Gold sur le complexe de Loulo-Gounkoto et l’australien Resolute Mining, dont les dirigeants ont été brièvement retenus à Bamako fin 2024. L’accord avec le groupe B2Gold sur Fekola a lui aussi été reformaté. Dans ce contexte, se doter d’un outil souverain de connaissance géologique vise à réduire la dépendance aux données produites et détenues par les compagnies privées.

Pour Moscou, l’opération présente un intérêt stratégique évident. Zarubezhgeologia, héritière des structures géologiques soviétiques actives en Afrique dès les années 1960 en Guinée, en Éthiopie ou en Angola, se repositionne sur un continent où la Russie entend contester les positions occidentales dans les minerais critiques. L’accès précoce à la donnée brute confère un avantage comparatif pour les campagnes d’exploration et les demandes de permis qui en découleront. Reste à connaître le montant engagé, les modalités de financement et les deux zones prioritaires retenues, autant d’éléments qui détermineront la portée réelle de ce basculement technique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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