La Banque africaine de l’énergie, institution financière panafricaine conçue pour accompagner les projets pétroliers, gaziers et énergétiques du continent, se dote d’un dirigeant. L’Égyptien Helmy Ghazi en devient le premier président, une étape qui fait passer le projet du stade de la négociation intergouvernementale à celui de la mise en œuvre. Le signal est attendu depuis plusieurs années par les ministères des hydrocarbures des pays membres, qui voient dans cette institution un outil de souveraineté financière.
Une architecture financière pensée pour les hydrocarbures africains
L’idée d’une banque continentale consacrée à l’énergie a été portée par l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), qui regroupe une quinzaine d’États producteurs, dont le Nigeria, l’Algérie, l’Angola, la Libye, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la Côte d’Ivoire. Le projet répond à un diagnostic partagé par les capitales productrices : la raréfaction des financements internationaux pour l’amont pétrolier et gazier, à mesure que les grandes banques européennes et nord-américaines resserrent leurs politiques de crédit sur les énergies fossiles.
Le secrétariat de l’APPO, basé à Brazzaville, a piloté la structuration juridique et capitalistique de l’institution aux côtés d’Afreximbank, la banque africaine d’import-export établie au Caire, qui a joué un rôle technique et financier déterminant dans l’amorçage du projet. L’ancrage égyptien de la nouvelle banque, confirmé par le choix d’un président issu de ce pays, s’inscrit dans cette filiation. L’Égypte, à la fois producteur gazier majeur et pôle financier régional, dispose d’une expertise bancaire reconnue dans le secteur énergétique.
Combler un vide laissé par les bailleurs occidentaux
La création de ce véhicule intervient dans un environnement financier contraint pour les producteurs africains. Depuis l’engagement pris lors de la COP26 à Glasgow en 2021 par plusieurs pays développés de cesser le financement public des énergies fossiles à l’étranger, les lignes de crédit disponibles pour les projets amont du continent se sont nettement rétractées. Des établissements comme la Banque européenne d’investissement ont acté la fin de leurs financements aux hydrocarbures dès 2021, et plusieurs grandes banques commerciales européennes ont emboîté le pas.
Les conséquences sont tangibles. Au Mozambique, le mégaprojet gazier de Rovuma, porté notamment par TotalEnergies, continue de subir les effets d’un contexte sécuritaire et financier dégradé. En Ouganda et en Tanzanie, le pipeline EACOP a vu plusieurs banques internationales refuser leur concours. Pour les ministres africains de l’énergie, la Banque africaine de l’énergie doit offrir une alternative crédible, capable de prendre le relais sur des projets d’exploration, de développement de champs matures, de raffinage ou d’infrastructures gazières.
Un mandat exposé à des arbitrages délicats
La feuille de route de la nouvelle présidence sera suivie de près. Le continent abrite environ 125 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole et plus de 500 000 milliards de pieds cubes de gaz, selon les ordres de grandeur régulièrement cités par l’APPO et les compagnies pétrolières nationales. Dans le même temps, près de 600 millions d’Africains demeurent sans accès à l’électricité, selon les évaluations récurrentes de l’Agence internationale de l’énergie et de la Banque africaine de développement. L’articulation entre financement de l’amont pétrolier, monétisation du gaz pour l’électrification domestique et exigences croissantes de décarbonation constituera l’un des exercices les plus délicats pour la nouvelle direction.
Le profil retenu – un dirigeant issu d’un pays à la fois producteur et place financière – suggère la volonté de concilier expertise sectorielle et crédibilité auprès des marchés de capitaux. Reste la question de la base en capital effectivement libérée par les États actionnaires, condition de la capacité d’intervention réelle de la banque. Les premiers tours de table des pays fondateurs, les cofinancements avec Afreximbank et l’éventuelle entrée d’investisseurs institutionnels du Golfe ou d’Asie détermineront le volume d’engagements que l’institution pourra porter sur ses premières années d’activité.
Par ailleurs, la gouvernance de l’établissement devra composer avec des intérêts hétérogènes, entre producteurs matures confrontés au déclin de leurs champs, nouveaux entrants comme le Sénégal et la Mauritanie, et États membres encore en phase d’exploration. L’équilibre entre ces attentes sera le véritable test politique de la présidence qui s’ouvre.
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