La Côte d’Ivoire quitte la liste grise du GAFI, Abidjan vise les marchés

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La Côte d’Ivoire ne figure plus sur la liste grise du GAFI. L’organisme international de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT/FP) a formalisé sa décision lors de la session plénière tenue au siège de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à Paris, et l’a confirmée par une déclaration publique mise en ligne sur son site. À Abidjan, le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a rendu publique l’information le 30 octobre 2026, en remerciant également le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) et les partenaires techniques et financiers mobilisés durant le processus.

Un retrait qui vient alléger la prime de risque ivoirienne

Le classement d’un pays sur la liste grise agit, dans les faits, comme une surcharge invisible sur chaque opération transfrontalière. Les banques correspondantes européennes et nord-américaines appliquent aux juridictions concernées des procédures de vigilance renforcée qui ralentissent les virements, alourdissent la documentation exigée des exportateurs et renchérissent les lettres de crédit. Des travaux publiés par le Fonds monétaire international en 2021 estimaient que l’inscription sur cette liste se traduisait en moyenne par un recul mesurable des flux de capitaux entrants vers les économies concernées, de l’ordre de plusieurs points de pourcentage du PIB.

Pour la Côte d’Ivoire, première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec près de 40 % du PIB de la zone, l’enjeu dépasse la seule image. Abidjan accueille le siège de la Banque africaine de développement (BAD), celui de plusieurs groupes bancaires régionaux et une activité d’eurobonds parmi les plus dynamiques du continent francophone. La sortie du dispositif de surveillance renforcée devrait, à terme, se refléter sur le spread payé par le Trésor ivoirien sur ses émissions en devises, dans un contexte où le pays s’est tourné à plusieurs reprises depuis 2023 vers les marchés internationaux et les guichets concessionnels pour financer son Plan national de développement.

Deux ans de plan d’action et une architecture institutionnelle revue

La procédure du GAFI impose aux juridictions listées un plan d’action détaillé, décliné en jalons techniques évalués à intervalles réguliers. Pour Abidjan, cela a signifié un chantier simultané sur quatre fronts : institutionnel, législatif, réglementaire et opérationnel. La coordination d’ensemble a été confiée au vice-président de la République, selon le communiqué ministériel, le pilotage gouvernemental revenant au Premier ministre Robert Beugré Mambé. Cette architecture, inhabituelle par le niveau politique mobilisé, témoigne de la sensibilité du dossier pour l’exécutif.

Les réformes LBC/FT/FP touchent par ricochet un spectre large d’acteurs : banques, compagnies d’assurance, notaires, agents immobiliers, négociants en matières précieuses, prestataires de services sur actifs virtuels. La Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) y occupe une place centrale, en tant que destinataire des déclarations de soupçon et interface avec ses homologues de la zone franc et au-delà. La transposition progressive des recommandations du GAFI dans le droit ivoirien, combinée à un relèvement des effectifs d’enquêteurs spécialisés, a constitué l’un des points régulièrement examinés par le GIABA, l’organisme régional qui conduit les évaluations mutuelles pour l’Afrique de l’Ouest.

« Cette décision honore notre pays et témoigne de la portée des efforts déployés par le Gouvernement, pour l’adoption des réformes et assurer leur mise en œuvre effective. »

La formule, employée par Adama Coulibaly dans son communiqué repris par le Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG), place désormais l’exécutif ivoirien devant une exigence de continuité. Le GAFI maintient en effet un dialogue de suivi avec les pays sortants, et une régression documentée des dispositifs peut conduire à une réinscription. Le précédent du Maroc, retiré de la liste grise en février 2023 après deux ans d’un plan d’action proche, montre que la fenêtre d’opportunité ouverte par un tel retrait se mesure autant par la vigueur du signal envoyé aux investisseurs que par la constance des contrôles maintenus par la suite.

Un signal attendu par la place d’Abidjan

Reste la question concrète de l’effet marché. Les agences de notation souveraine intègrent habituellement, dans un délai de quelques mois, les décisions du GAFI dans leur appréciation des risques institutionnels. Pour la Côte d’Ivoire, notée en catégorie spéculative supérieure par les trois grandes agences, chaque palier gagné sur les critères de gouvernance financière peut peser sur le coût d’emprunt. Les banques commerciales installées à Abidjan, à commencer par les filiales des groupes panafricains, anticipent par ailleurs une normalisation accélérée de leurs relations de correspondant bancaire, dossier qui s’est tendu depuis le milieu des années 2010 pour l’ensemble de la sous-région ouest-africaine.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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