Wave absent de PI-SPI : la BCEAO testée sur l’interopérabilité UEMOA

A close-up shot of a 10 euro banknote placed on a smartphone, highlighting currency and digital technology.Photo : Engin Akyurt / Pexels

L’obligation d’interopérabilité PI-SPI entrée en vigueur le 2 novembre 2026 dans l’UEMOA place la BCEAO devant un test politique inattendu. Alors que la décision du 25 juin 2026 imposait aux banques et établissements de monnaie électronique de se connecter avant le 30 septembre, et que le communiqué du régulateur daté du 2 octobre a confirmé l’échéance opérationnelle, l’opérateur Wave n’a ni affiché la fonctionnalité dans son application, ni publié de calendrier d’activation pour ses utilisateurs du Sénégal et de Côte d’Ivoire. Un retrait d’autant plus visible que son nom figure pourtant sur la liste des participants autorisés, actualisée au 30 septembre 2026.

Une souveraineté monétaire en construction depuis 2015

La plateforme PI-SPI prolonge une décennie d’efforts de la BCEAO pour reprendre la main sur les rails du paiement de détail. Depuis la réforme de la monnaie électronique entamée au milieu des années 2010 et la montée en puissance du GIM-UEMOA, l’institut d’émission cherche à éviter que l’interopérabilité ne se construise sous la seule logique commerciale des opérateurs privés. Le lancement effectif en septembre 2025, avec 45 institutions ouvertes au public, a marqué une étape : pour la première fois, un particulier pouvait, en théorie, envoyer de la monnaie électronique d’une banque vers un portefeuille mobile sans passer par un corridor fermé.

Le dispositif tarifaire traduit cette philosophie publique. Les transferts nationaux entre particuliers sont gratuits dans la limite d’un cumul quotidien de 8 000 FCFA par utilisateur et par participant, sans plafonnement du nombre d’opérations. Au-delà, les frais sont encadrés dans une fourchette de 0 à 0,8 % hors taxes, la réception restant gratuite. La BCEAO estime que ce seuil couvre 75 % des transactions de monnaie électronique dans la zone, et a parallèlement relevé le plafond du compte de monnaie électronique de 2 à 4 millions de FCFA.

Un alignement bancaire déjà engagé, un leader mobile en retrait

Côté bancaire, les premiers signaux de conformité ont été publiés dès l’automne 2026. Ecobank Mali a annoncé une tarification de 0,8 % hors taxes à compter du 2 novembre, AFG Bank Mali intégrera prochainement les opérations Bank to Wallet et Wallet to Bank dans son application, tandis que BCI Mali ouvre l’accès via sa solution BCI-KUNPAN. Coris Bank International a relevé le plafond de Coris Money à 4 millions de FCFA. Au Sénégal, Orange Money et Mixx by Yas ont intégré la plateforme.

Dans ce paysage, Wave fait exception. L’opérateur avait pourtant annoncé, dans un guide d’intégration, rejoindre PI-SPI au Sénégal et en Côte d’Ivoire, et évoquait en août 2026 des « prérequis techniques en finalisation ». Trois mois plus tard, l’écran de l’application reste muet sur ce service. Le signal est d’autant plus commenté que Wave applique, sur chaque envoi, un prélèvement de 1 %, alors que la grille publique du régulateur rend les transferts entre particuliers gratuits sous le seuil.

L’enjeu concurrentiel d’un acteur devenu systémique

Le poids pris par Wave au Sénégal explique en partie la sensibilité du dossier. Selon la plateforme Launch Base Africa, citée par Dakaractu, « il détiendrait environ 80 % du marché sénégalais de la monnaie électronique, soit 459 milliards de FCFA sur 571 milliards au 21 août 2026. » Dans ces conditions, maintenir les flux à l’intérieur d’un écosystème propriétaire a une valeur économique considérable, mais fragilise l’un des objectifs cardinaux de la réforme : rompre les silos entre fournisseurs pour réduire le coût du paiement.

La plateforme d’analyse Osiris, également reprise par Dakaractu, parle d’un « paradoxe tarifaire » pour désigner la coexistence d’une commission à 1 % et d’une infrastructure publique gratuite sous 8 000 FCFA. Reste à mesurer la portée réglementaire de ce décalage. Les textes de la BCEAO prévoient une entrée en vigueur ferme au 2 novembre pour les banques et les émetteurs de monnaie électronique, l’échéance pour la microfinance étant repoussée au 30 juin 2027. Aucune grille publique de sanctions n’a été communiquée à ce stade pour les acteurs qui n’auraient pas rendu le service accessible à leur clientèle.

Pour la zone, l’épisode dépasse le seul cas sénégalais. Il interroge la capacité de la banque centrale à faire respecter, auprès d’un acteur devenu systémique dans plusieurs pays de l’union, une règle qui conditionne la crédibilité du marché intégré du paiement de détail dans l’UEMOA.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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