L’Afrique subsaharienne capte la plus large part des financements 2026

Elegant office building under a clear blue sky in Washington, D.C.Photo : Quang Vuong / Pexels

Avec 123,5 milliards de dollars d’engagements au titre de l’exercice 2026, le Groupe de la Banque mondiale confirme la trajectoire ascendante entamée depuis l’arrivée d’Ajay Banga à sa tête en juin 2023. L’Afrique subsaharienne concentre la part la plus importante de cette enveloppe, devant l’Asie du Sud et le Moyen-Orient et Afrique du Nord. Pour une région qui regroupe une quarantaine d’États clients de l’institution, ce positionnement n’a rien d’anecdotique : il signale la place centrale qu’occupe désormais le bailleur multilatéral dans l’équation macroéconomique du continent.

Un bailleur devenu incontournable pour les trésoreries africaines

Le recours massif au Groupe de la Banque mondiale s’explique d’abord par la fermeture, de fait, de l’accès des souverains africains aux marchés obligataires internationaux. Depuis l’eurobond ghanéen de mars 2022, la plupart des émetteurs subsahariens ont été écartés ou ont renoncé à solliciter les investisseurs à des taux devenus prohibitifs, souvent supérieurs à 10 %. La Côte d’Ivoire et le Bénin ont rouvert partiellement la fenêtre en 2024, mais les primes de risque demeurent élevées, et l’écart avec les financements concessionnels de l’Association internationale de développement (IDA) rend ces derniers difficilement contournables.

Ajay Banga en a tiré les conséquences dès la reconstitution record de l’IDA conclue en décembre 2024 à Séoul, qui avait mobilisé 100 milliards de dollars de capacité de prêt sur trois ans, dont environ 24 milliards de contributions directes des bailleurs. Près de 70 % de cette enveloppe est traditionnellement destinée à l’Afrique subsaharienne, ce qui aide à comprendre la domination régionale observée dans les chiffres 2026. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) complète le dispositif pour les pays à revenu intermédiaire comme le Kenya, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, tandis que la Société financière internationale (SFI) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) prennent en charge le volet privé.

Énergie, emploi et climat au cœur de la doctrine Banga

La doctrine affichée depuis dix-huit mois par la présidence de l’institution tient en quelques priorités opérationnelles. L’initiative Mission 300, lancée conjointement avec la Banque africaine de développement en janvier 2025 à Dar es Salaam, vise à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030, soit la moitié de la population subsaharienne aujourd’hui privée d’accès. Elle mobilise un cocktail de prêts IDA, de garanties MIGA et de capitaux SFI, et oriente une part croissante des engagements 2026 vers le secteur énergétique, du mini-réseau solaire aux interconnexions régionales.

La création d’emplois constitue le second pilier revendiqué. Avec environ 12 millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail subsaharien, selon les estimations convergentes de la Banque mondiale et de l’Organisation internationale du travail, l’enjeu est de financer des infrastructures et des chaînes de valeur capables d’absorber cette démographie. Le climat, enfin, reste présent dans la grille d’allocation : la cible de 45 % des financements à vocation climatique, fixée par le Groupe pour 2025, est reconduite et irrigue des projets d’adaptation dans le Sahel, la Corne de l’Afrique et le bassin du Congo.

Une dépendance qui interroge la souveraineté financière

La contrepartie de cet afflux est connue des ministères des Finances concernés. L’exposition croissante à un unique créancier multilatéral renforce le poids des conditionnalités attachées aux appuis budgétaires, qu’il s’agisse de réformes fiscales, de subventions aux carburants ou de gouvernance des entreprises publiques. Elle complique aussi la coordination avec le Fonds monétaire international, dont les programmes couvrent désormais une vingtaine de pays africains, et avec les créanciers bilatéraux, Chine et pays du Golfe en tête, engagés dans des restructurations complexes au titre du Cadre commun du G20.

Reste que l’alternative demeure étroite. Tant que les taux directeurs des grandes banques centrales n’auront pas suffisamment reculé pour rouvrir durablement l’accès aux eurobonds, et tant que les recettes fiscales domestiques, encore inférieures à 15 % du PIB dans la plupart des pays de la zone, ne se seront pas redressées, le canal Banque mondiale restera la variable d’ajustement principale. Le record de 123,5 milliards de dollars de l’exercice 2026 n’est, à cet égard, pas seulement une bonne nouvelle pour le continent : il mesure aussi l’ampleur du chemin restant à parcourir vers une véritable autonomie de financement.

Pour aller plus loin

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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